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Après un propos liminaire d'un peu moins d'une heure, Emmanuel Macron a répondu aux questions des journalistes.

"Soyons clairs, monsieur le président..."

3 min
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Emmanuel Macron a tenu hier soir sa première conférence de presse à l’Élysée. Nous y étions.

Après un propos liminaire d'un peu moins d'une heure, Emmanuel Macron a répondu aux questions des journalistes.
Après un propos liminaire d'un peu moins d'une heure, Emmanuel Macron a répondu aux questions des journalistes. Crédits : Ludovic Marin - AFP

300 journalistes accrédités, dans cette salle des fêtes entièrement redécorée, où les tentures rouge vif ont été remplacées par un gris plus discret. 

Sur l'estrade : une chaise, un bureau blanc, massif et moderne, serti d'une bande tricolore en son centre. Ce décorum est-il un clin d’œil aux conférences de presse du général de Gaulle ? Ou bien est-ce simplement le signe que la soirée risque de se prolonger ? (Dans son grand débat avec les intellectuels, Emmanuel Macron avait clos les échanges à... 2h30 du matin). 

Cela dit, il ne serait pas absurde que l'exercice dure un peu : ce n'est pas l'abondance des conférences de presse qui a marqué ce début de quinquennat. Jusqu'ici, il y en avait eu précisément : zéro. C'est la première en 719 jours de présidence. 

Hier soir, les échanges de questions-réponses ont duré 1h26, pas plus. Rapporté à la durée du mandat jusqu'ici, cela donne donc... 7 secondes de conférence de presse par jour de pouvoir. On admettra que ce n'est pas Byzance. 

Le temps est donc limité, comme le nombre de micros dans la salle de l'Elysée. D'où la forêt de bras qui se lèvent pour poser une question au président. Lequel s'excuse :

"Pardon, je suis trop long, je sens de l'impatience... Je n'ai pas le pouvoir".

Le pouvoir ? Celui de distribuer le micro. Ce sont les responsables de la cellule presse de l'Elysée qui choisissent précautionneusement à quels journalistes ils confient le droit d'interroger le président. (Vous avez entendu ses principales annonces dans le journal.

Il n'y aura qu'une seule question de la presse étrangère, qu'une seule question de la presse régionale. Priorité à la presse parisienne... Et surtout, à un champ de questionnement assez réduit. 

2022

Ainsi, cette conférence de presse est censée clore trois mois de grand débat national. Et répondre à cinq mois de mobilisation des gilets jaunes. Pourtant, il n'y aura aucune question sur les éléments déclencheurs du mouvement : 

- L'abaissement de la vitesse à 80 km/h est-il remis en cause ?

- Le président enterre-t-il définitivement toute hausse de taxe future sur le carburant ? 

Ces points ne seront jamais soulevés, et ce matin, disons-le clairement... on n'en sait rien.

Visiblement, il y avait des urgences bien plus capitales, plus immédiates, plus proches de la vie quotidienne de nos concitoyens : 

"Monsieur le président, soyons clairs : serez-vous candidat en 2022 ?"

Il est vrai que la réponse presse : il ne reste jamais que 1038 jours, soit 155 semaines avant l'élection présidentielle...

Regrets 

Pas un mot, non plus, sur la gestion des manifestations, sur les nombreux blessés parmi les forces de l'ordre, mais aussi parmi les protestataires. 

Il n'y aura pas davantage de question sur la protection du secret des sources. Plusieurs journalistes français ont été convoqués par la DGSI (les services de renseignements intérieurs), après la diffusion d'informations sur l'utilisation d'armes françaises dans la guerre au Yémen. Révélations de nos confrères du média Disclose

A la place, une certaine redondance des questionnements à dimension psychologique : avez-vous changé, monsieur le président, avez-vous souffert, avez-vous des regrets, comment allez-vous ? 

Non que ce point ne doive pas être soulevé, il est intéressant, mais la répétition de cet appel à la contrition finissait par tourner en rond. 

Fort heureusement, le chef de l'Etat a promis, hier soir, de tenir d'autres conférences de presse au cours de son mandat. 

Ce sera l'occasion d'exercer un redoutable droit de suite, de porter une nouvelle fois la plume dans la plaie et de lui demander sans détour : "comment allez-vous, monsieur le président" ?

Frédéric Says

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