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Une sortie de conseil des ministres, le 8 février 2018.

Sommes-nous dirigés par un "gouvernement fantôme" ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Les critiques se multiplient contre une équipe gouvernementale "désincarnée" et "technocrate".

Une sortie de conseil des ministres, le 8 février 2018.
Une sortie de conseil des ministres, le 8 février 2018. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Si vous nous écoutez et que vous êtes ministre - ça peut arriver - n’ouvrez surtout pas Le Figaro de ce matin. Et à vrai dire n’écoutez pas non plus le début de cette chronique. Le journal publie un dossier sur la notoriété des membres du gouvernement. Il s’avère que nous sommes dirigés, à peu d’exceptions près, par une équipe d’inconnus. Qui peut citer plus de six ou sept ministres du gouvernement ? Selon le Figaro, si les Français  peuvent exprimer une opinion sur Nicolas Hulot, Jean-Yves Le Drian ou Bruno Le Maire... ils sont une majorité à donner leur langue au chat pour Jacques Mézard, Annick Girardin ou Stéphane Travert. Vous connaissez l’expression « Shadow Cabinet », le cabinet fantôme. En Grande-Bretagne, il s’agit d’une équipe gouvernementale fictive, celle que l’opposition proposerait si elle arrivait au pouvoir.  En France, le « Shadow Cabinet » est au pouvoir. 

Cette enquête du Figaro illustre la petite musique du moment : le gouvernement serait trop technocrate. Les ministres pas assez politiques. Un article du JDD avait pointé les faiblesses de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen. Cette semaine, les syndicats de la SNCF ont choisi de s’adresser désormais au Premier ministre et de boycotter la ministre des Transports, comme si Elisabeth Borne était dépassée. 

Mais après tout, une équipe "technique", est-ce forcément un mal ? 

Bien sûr, on comprend la frustration des journaux. Depuis un an, c'est une sale période pour les amateurs d’"indiscrets" politiques. Finies les confidences de ministres qui tapent sur leur collègue. Disette absolue de fuites venues du conseil des ministres ; ces échos ravageurs qui, dans les gouvernements précédents, faisaient monter la tension et descendre le moral.   Disons-le tout net : la vie politique est devenue beaucoup plus ennuyeuse. A l’image de la buvette de l’Assemblée où les macronistes consomment volontiers de l’eau gazeuse et du coca light ; laissant le verre de rouge et le whisky aux rares survivants de l'"ancien monde". 

Mais allons jusqu'au bout de la comparaison. Pendant des années, la composition des gouvernements s’est faite selon un savant dosage où la compétence n’était qu’un ingrédient parmi d’autres. 

Il y avait bien d’autres critères... Par exemple, les équilibres géographiques – le Sud est-il bien représenté ? L'Alsace n'est pas en reste ? Le massif central et l'Outre-mer n'ont-ils pas été oubliés ? 

Equilibres politiques, ensuite, entre les différentes sensibilités de la majorité. Equilibres des âges, bien sûr parité et diversité… Sans oublier les remerciements pour services rendus. Sur ce dernier point, cela a existé sous Emmanuel Macron : précisément pendant 37 jours, le temps qu’a passé François Bayrou au ministère de la Justice, avant de démissionner. 

"Je décide, il exécute"

Voilà donc l’un des apports du macronisme : les ministères ne sont plus distribués comme des hochets en fonction du poids politique personnel. Cela présente un double avantage : d'abord, pas de retard à l'allumage, pas de temps perdu pour le nouveau ministre qui est tout de suite familier des dossiers. Ensuite, cela évite que les ministres soient soumis à leur administration. Quand vous ne connaissez pas grand-chose au sujet, vous appliquez les recommandations inscrites sur la note technique qu'on vous remet. 

On a beaucoup critiqué le "gouvernement des experts" - parfois à juste titre - mais à tout prendre, ne vaut-il pas mieux que le gouvernement des ignares ?

« Je décide, il exécute », avait lancé le président Chirac en direction de son trop fougueux ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, Emmanuel Macron n’a même plus besoin de le dire, tant cela semble évident. L’actuel président a savamment bordé la capacité d’initiative – et donc l’existence autonome – de ses ministres. Sans doute n'a-t-il pas oublié qu'il doit lui-même sa carrière politique... à un président qui lui a laissé trop d’espace.

Frédéric Says

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