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Porteur d'une volonté de "démondialisation", Arnaud Montebourg voit ses thèmes revenir en force depuis la crise sanitaire.

Montebourg, le retour ?

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À retrouver dans l'émission

L'ancien ministre de l'Economie, devenu entrepreneur, multiplie les apparitions.

Porteur d'une volonté de "démondialisation", Arnaud Montebourg voit ses thèmes revenir en force depuis la crise sanitaire.
Porteur d'une volonté de "démondialisation", Arnaud Montebourg voit ses thèmes revenir en force depuis la crise sanitaire. Crédits : Jeff Pachoud - AFP

Encore hier soir, il dodelinait, du haut de son mètre quatre-vingt-dix sur France 2. Arnaud Montebourg est partout ces temps-ci. Il est en passe de ravir à Nicolas Sarkozy le titre du retraité politique le plus actif de France.  

Est-ce parce que celui qui défendit la démondialisation sent que la crise offre du souffle à ses thèses ?  

En tout cas, il est bien loin le temps où face aux micros et aux caméras, en quittant le gouvernement, il promettait ceci :  

"Que vais-je faire de cette liberté retrouvée ? Je vais prendre exemple sur Cincinnatus, ce général romain qui préféra quitter le pouvoir pour retourner à ses champs et à ses charrues."

Manifestement, après le labour donc, voici maintenant venu le temps de la récolte. Montebourg 2022 ?  

L'idée n'est pas absurde. Après tout, d'un côté la gauche est émiettée, sans leader incontesté.  

De l'autre, le chef de l'Etat lui-même même prend des accents "montebourgeois" ou "montebourgiens" en évoquant la souveraineté et le Made in France.

Ce qui ne peut pas déplaire à l'ancien ministre qui posa jadis en marinière.  

Puisqu'on parle de vêtements, vous avez entendu qu'Arnaud Montebourg compare Emmanuel Macron à Fregoli, ce transformiste, qui parvenait à changer de tenue à la vitesse de l'éclair.  

Macron, l'homme aux 1000 costumes : le libéral, l'autoritaire, le souverainiste, le keynésien, voici ce que déplore en substance Montebourg dans son récent livre « L'engagement ».

La charge est à la mesure de la déception. Car l'on sent l'ancien ministre du Redressement productif blessé dans son amour-propre d'avoir été dupé.  

Il le reconnaît d'ailleurs assez honnêtement.  

Durant le quinquennat précédent, Macron était alors son interlocuteur à l’Élysée, conseiller de François Hollande sur les questions économiques.  

Plusieurs pages décrivent comment l'ancien député de Saône-et-Loire fait connaissance de cet ancien banquier d'affaire : un jeune type drôle, rapide, malin, amical, qui met dans sa poche le tempétueux Montebourg en critiquant François Hollande dans son dos, caricaturé par Macron en chantre de l'indécision et de la procrastination.

D'ailleurs, hasard de la vie politique : viré du gouvernement en 2014, Arnaud Montebourg est remplacé par un certain Emmanuel Macron à Bercy. Et le jour de la passation de pouvoir, l'on sent alors une complicité certaine entre les deux hommes :  

"Je sais Emmanuel, ton talent, ton énergie, je te connais... bonne chance Manu et vive la France"

Depuis, Arnaud Montebourg a eu le temps de remâcher son amertume – celle d'avoir été lâché sur les grands dossiers industriels comme Florange ou Alstom.  

Il a digéré le quinquennat et le raconte avec verve dans ce livre. Au fil des pages, l'on rencontre des expressions surannées telles que « morbleu » ou « bon sang de chevaux de bois », mais aussi des portraits cruels, comme celui de Manuel Valls, décrit en « bac 2 qui n'a jamais pris la peine d'acquérir un métier ».  

Montebourg se donne bien sûr le beau rôle, face aux géants de la mondialisation comme le groupe Mittal. Mais il n'oublie pas de s'égratigner aussi un peu.  

Il relate par exemple comment dans l'avion présidentiel qui voyage vers Washington, il est tenté de regarder des films d'actions américains, genre Mission Impossible, mais par peur du qu'en dira-t-on, par crainte des quolibets de ses voisins de siège, il se rabat en général sur un vieux classique de Resnais ou de Verneuil.  

Derrière ces facéties, quelques intuitions que le temps a ratifiées, comme l'obsolescence des 3%, ces critères budgétaires européens, qui ont disparu avec la crise sanitaire.  

Cela suffit-il à faire un candidat crédible pour la présidentielle ?

Pour Montebourg, les obstacles sont nombreux, à commencer ceux qu'il se dresse lui-même.  

D'abord une résurgence de démagogie passagère, comme lorsqu'il propose pendant le confinement de fermer les supermarchés et d'ouvrir les petits commerces. Idée de bon sens à première vue. Sauf qu'une grande partie des Français, hors des centres-villes, n'ont pas le loisir de faire la tournée de petites échoppes en bas de chez eux.  

Obstacle également quant aux troupes : Arnaud Montebourg, combien de divisions ? L'entrepreneur est aujourd'hui sans parti ni courant...

C'est la rançon de la liberté qu'il s'est accordée ; la rançon aussi d'un caractère qui l'a souvent amené à rompre plutôt qu'à composer, y compris avec des proches.  

Obstacle enfin financier. Critère souvent oublié parce que moins noble que la bataille des idées. Mais une campagne présidentielle coûte cher, très cher.  

Et Arnaud Montebourg n'a sans doute ni les réseaux ni le programme politique pour reproduire la course aux donateurs qui avait propulsé Emmanuel Macron la fois dernière.  

Le pari semble donc très difficile. Mais dans la période de confusion politique que nous vivons, c'est finalement peut-être un atout que de ne pas être en pole position.  

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