LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Jacques Chirac, le 17 juin 1975. Il est à l'époque le plus jeune premier ministre de la Vème république.

Pourquoi le parcours politique de Jacques Chirac ne serait plus possible aujourd'hui

4 min
À retrouver dans l'émission

Non-cumul des mandats, information continue, lois sur la transparence... ont bouleversé l'art de la politique.

Jacques Chirac, le 17 juin 1975. Il est à l'époque le plus jeune premier ministre de la Vème république.
Jacques Chirac, le 17 juin 1975. Il est à l'époque le plus jeune premier ministre de la Vème république. Crédits : Georges Bendrihem - AFP

L'ultime président du XXème siècle. Pas seulement parce qu'il est le dernier à avoir connu - et fait - la guerre. En l'occurrence la guerre d'Algérie. Neuf fois élu député. Sept fois ministre. Maire de Paris pendant dix-huit ans. Deux passages à Matignon, deux mandats de président. Comme pour François Mitterrand, c'est seulement la troisième tentative présidentielle qui sera victorieuse. A l'époque, que l'on soit vainqueur ou battu, l'on reste en place. En 2019, époque du dégagisme, ce CV nous semble antédiluvien. 

Certes, Jacques Chirac a connu des moments de retrait, de déprime même. Après la baffe électorale de 1988, le duo Séguin-Pasqua tente de l'évincer - sans succès.  

C'est lié bien sûr à la force, à la résilience chiraquienne. Mais aussi au système politique, qui offrait, grâce au cumul des mandats, de sûrs refuges pour les impétrants malchanceux. Des bases arrières imprenables, avant de repartir à l'assaut de l'Elysée. 

C'était le temps où vous pouviez être à la fois député de Corrèze, maire de Paris et président du RPR. Chirac fut tout cela et bien plus, cumulant près de 100 ans de mandats électoraux

Multiplier les casquettes et distribuer les strapontins, cela permettait d'agréger les fidélités des élus, d'engranger les soutiens redevables, de façonner les bataillons de militants. 

Les ambitieux pouvaient donc bâtir une industrie de conquête du pouvoir. Aujourd'hui, le jeune loup disposera à peine de sa PME électorale, ce qui explique aussi le morcellement de la vie politique française. 

Placard à archives

Désormais, les revirements idéologiques passent moins inaperçus. La moindre contradiction entre deux discours sera immédiatement relevée par une émission satirique ou une rubrique de fact-checking. Le fameux "placard à archives" viendra percuter le responsable politique un peu trop versatile. 

Les grandes odyssées politiques du XXème siècle furent aussi permises par la faiblesse de la justice financière - et pour tout dire par son dénuement. Il n'y avait pas les lois sur la transparence, il n'existait pas de Parquet national financier. Et le métronome judiciaire battait la mesure au tempo de la décennie. Lente, lente justice qui permettait de ne pas être acculé par les affaires, et de prendre un air dégagé pour les évacuer. "Elles font pschiiit" : 

L'époque Chirac, c'est aussi celle d'avant les chaînes d'information en continu et des réseaux sociaux. Est-ce pour cela que les responsables politiques étaient plus durables, en tout cas moins vite usés, jetés, remplacés ? Imaginez l'épisode du "bruit et de l'odeur" avec l'existence de Twitter. 

Chauffer l'appareil

La vie électorale n'était pas encore cadenassée par les communicants omniprésents, ce qui laissait une place, comme à Jérusalem, aux coups de gueule spontanés ("What do you want ?") ou aux petites gaffes médiatiques, quand la caméra tourne et que personne ne vous prévient que vous êtes en direct :

La politique était l'oeuvre d'une vie. Sans doute plus romanesque. Faite de conquêtes qui n'étaient pas seulement électorales. Là encore, imaginez la présence de la presse people et des réseaux sociaux. Le culte du secret qui protégeait à l'époque les grands fauves de la politique ne tiendrait pas 48 heures. 

Jacques Chirac, ce fut l'énergie, ce fut l'indépendance, la capacité de dire non au puissant allié américain. Mais il représente aussi un temps où l'exécutif se pensait encore suffisamment respecté pour oser un référendum. Depuis, la confiance dans la politique a atteint des abysses, et aucun président après Jacques Chirac ne s'est risqué à une consultation du peuple.

Nostalgie

La nostalgie Chirac, est-ce aussi celle de cette fin de XXème siècle, où l'air du temps semblait moins irrespirable, où les problèmes paraissaient moins graves ? 

Ce n'est peut-être pas un hasard si les photos les plus partagées de l'"icone Chirac" sont celles où il apparaît la clope au bec, en conseil des ministres. L'amateur de tête de veau-Corona détonnait avec l'injonction hygiéniste des 5 fruits et légumes par jour. Il symbolisait peut-être une époque perçue comme moins anxiogène.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
34 min
L'Invité(e) des Matins
Disparition de Jacques Chirac : la fin d’une époque ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......