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Une quinzaine de membres de LR ont partagé un repas - et des convergences de vues - avec Marion Maréchal, cette semaine à Paris.

"Faut-il dîner avec le diable ?"

4 min
À retrouver dans l'émission

Plusieurs élus LR ont partagé un repas avec Marion Maréchal. Après la dédiabolisation, la normalisation ?

Une quinzaine de membres de LR ont partagé un repas - et des convergences de vues - avec Marion Maréchal, cette semaine à Paris.
Une quinzaine de membres de LR ont partagé un repas - et des convergences de vues - avec Marion Maréchal, cette semaine à Paris. Crédits : François Guillot - AFP

"Faut-il dîner avec le diable ?" La question, faustienne, n'a pas embarrassé une quinzaine d'élus Les Républicains. 

Pour eux, Marion Maréchal est plus que "dédiabolisée", elle est normalisée. C'est donc sans complexe qu'ils se sont assis à sa table dans un restaurant parisien, il y a quelques jours, comme l'a révélé le Figaro. 

Lors de ces sulfureuses agapes, pas de méfiance ni de longue cuillère ; pas de distance ni de cordon sanitaire. C'est en toute conscience qu'ils ont assumé de rompre les digues morales qui résistaient jusqu'ici au sein de la droite républicaine.

"Nous ne pouvons pas rester bunkérisés", s'est justifié Xavier Breton, député LR de l'Ain. 

"Je préfère discuter avec Marion Maréchal qu'avec Emmanuel Macron", a renchérit Sébastien Pilard, ex-candidat LR aux européennes. Au grand dam de plusieurs personnalités comme Gérard Larcher et Jean Léonetti. 

Quelle rupture avec l'histoire de la droite ! Imagine-t-on, il y a cinq ou dix ans, l'UMP festoyant avec Jean-Marie Le Pen ? Quel changement par rapport à 2002, quand Jacques Chirac, au deuxième tour face au grand-père de Marion Maréchal, proclamait ceci

"Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national - et ceci quel qu’en soit le prix politique -, je n’accepterai demain de débat avec son représentant."

Jacques Chirac fut à l'époque soutenu par l'ensemble de la droite, sans une voix manquante. Par la société civile, aussi, les syndicats et le Medef. 

Le Medef, justement. Cette année, il a décidé d'inviter Marion Maréchal à son université d'été. L'initiative a choqué ; elle est inédite. Jamais le représentant d'un parti d'extrême-droite n'avait été convié parmi les patrons - hors élection présidentielle. 

Sans doute sont-ils curieux d'entendre celle qui a lancé une école de formation politique. D'écouter ses propositions, qui sont beaucoup plus favorables à l'économie de marché que celles de sa tante, Marine Le Pen. Chez Marion Maréchal, nulle trace de souverainisme, de protectionnisme, d'étatisme. Le cap est au libéralisme, à la baisse des impôts, au maintien de l'euro.

Et surtout à l'idée que l'économie n'est pas le plus important - bien moins, selon elle, que l'identité et l'immigration. Elle a eu cette phrase : "Ce qui m'inquiète c'est que ma fille doive porter la burqa, peu importe qu'elle la paye en euros ou en francs".

(Actualisation après diffusion de ce billet politique : face à la polémique, le Medef a décidé d'annuler l'invitation).

Cette invitation au Medef, ce dîner avec des élus LR, montrent une fascination ? 

Oui la fascination d'une partie de la classe politique, patronale, et il faut bien le dire de certains médias, qui multiplient les invitations à une jeune femme dépourvue du moindre mandat électoral. 

Ce dîner, cette invitation, sont en fait le débouché spectaculaire de travaux souterrains engagés de longue date, sous le patronage de Robert Ménard, Patrick Buisson, Eric Zemmour ou Paul-Marie Coûteaux qui réclament "l'union des droites", qui promeuvent la droite "hors les murs". 

Tout cela montre aussi qu'il n'y a plus de boussole chez LR. Ou plutôt que cette boussole est parasitée par deux pôles d'attraction contradictoires. Le macronisme d'un côté, qui a engrangé de nombreux ralliements au sein de la droite modérée et juppéiste. 

La droite identitaire et radicale, de l'autre côté. 

Cette "tentation Maréchal" marque l'absence de leader pour cette frange à la droite de la droite. 

A qui peut-elle se raccrocher aujourd'hui ? Laurent Wauquiez est sorti du jeu. Nicolas Sarkozy, même s'il publie un livre, reste sur son aventin. Marine Le Pen s'est déconsidérée par son débat raté d'entre-deux tours. 

Pendant ce temps, Marion Maréchal est restée discrète. Grâce à cela, elle n'a pas été happée dans la grande lessiveuse de la recomposition politique. L'annexion de LR ne fait donc que commencer. 

Jadis, le poste de chef de la droite était envié, jalousé, âprement disputé. Souvenez-vous des batailles homériques entre Chirac et Séguin, entre Sarkozy et Chirac, entre Copé et Fillon. 

Eh bien, dans la débandade générale actuelle, dans cet étau idéologique qui compresse le parti Les Républicains, désormais chacun à droite regarde ses chaussures. 

On comprend mieux pourquoi tout le monde s'est empressé de laisser la place à Christian Jacob, futur patron de LR, qui s'apprête à traverser l'autoroute en claquettes.

Frédéric Says

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