LE DIRECT
Le ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin, à la sortie d'un commissariat de police à Marseille le 24 mai 2021

Le coup politique et ses limites

4 min
À retrouver dans l'émission

La volonté du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, de porter plainte il y a quelques jours contre la candidate socialiste aux régionales en Ile de France, Audrey Pulvar, relève de ce qu’on nomme un “coup politique”. Mais s'il est éventé, il a des conséquences sur la crédibilité de son auteur.

Le ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin, à la sortie d'un commissariat de police à Marseille le 24 mai 2021
Le ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin, à la sortie d'un commissariat de police à Marseille le 24 mai 2021 Crédits : Nicolas TUCAT - AFP

Une des singularités de l’actuel pouvoir exécutif est qu’il compte parmi ses membres de nombreux adeptes de ce qu’on nomme le “coup politique”.

Le ministre de l’intérieur, notamment, Gérald Darmanin, est un spécialiste. Il s’est encore livré à l'exercice très récemment en annonçant qu’il avait l'intention de porter plainte contre la candidate socialiste aux élections régionales en Île-de-France, Audrey Pulvar. Il l’accusait de “diffamer la police” parce qu’elle avait jugé “glaçante” la manifestation organisée par les policiers mercredi de la semaine dernière devant l’Assemblée Nationale.

Et puis, comme ce commentaire semblait assez faible juridiquement pour constituer une diffamation, il avait annoncé son intention de joindre à la plainte une vidéo tournée un an auparavant dans laquelle Audrey Pulavr dénonçait le racisme dans la police.

Seulement, pour la diffamation, il y a prescription au bout de 3 mois. La plainte n’était donc pas recevable. Alors il a fait acte de contrition en annonçant vouloir rencontrer Audrey Pulvar pour évoquer la chose avec elle.

On peut parler là de coup politique parce que l’objectif annoncé n’est pas celui qui est réellement visé. Gérald Darmanin n’avait pas réellement l’intention d’obtenir réparation pour des propos jugés inacceptables. Son but était avant tout politique. 

Il s’agissait de donner des gages à la police dont la grogne enfle depuis des mois, de montrer qu’il est du côté des policiers. Et puis politiquement, il s’agissait de montrer que lui et le gouvernement auquel il appartient ne sont pas à ranger du côté de ceux qu’on accuse de laxisme en matière de sécurité. Mais le coup est raté puisqu’il a été contraint de faire machine arrière et que la duplicité est éventée.

Un autre exemple de coup politique qui tourne à l’aigre se déroule dans le Pas de Calais. Avec la candidature annoncée aux élections régionales, en toute dernière minute, de la ministre de l’industrie Agnès Pannier-Runacher. Il lui fallait justifier d’un lieu de résidence dans la région. comme elle vit à Paris, elle s’est domiciliée chez celui qu’elle a déclaré comme étant son compagnon, Nicolas Bays, à Lens.

Or, il se trouve qu’il était également jusqu’à une époque très récente son chef de cabinet au ministère. Ce qui tombe sous le coup de la loi sur la transparence de la vie publique, votée en 2017 par cette même majorité, qui interdit à un ministre d’avoir dans son équipe son conjoint ou son concubin. Depuis, Agnès Pannier-Runacher tente de justifier comme elle peut cette situation embarrassante.

L'objectif annoncé du coup politique n'est pas celui qui est réellement visé

Là encore, on est dans le “coup politique” puisque l’objectif n’est pas qu’Agnès Pannier-Runacher soit élue au Conseil Régional des Hauts-de-France. Elle est envoyée en service commandé, avec d’autres ministres également candidats, pour tenter de fragiliser la candidature du président sortant, Xavier Bertrand, candidat également déclaré à l’élection présidentielle. Seulement la rigueur ne fait pas bon ménage avec la précipitation et là encore, la duplicité de la démarche d’Agnès Pannier-Runacher a été éventée.

Des coups politiques, il s’en fait parfois à bas-bruit. Au ministère de l’Outre-mer par exemple, Sébastien Lecornu a essayé de se servir du dossier de la Nouvelle Calédonie pour montrer son habileté à Emmanuel Macron parce qu’il veut être son directeur de campagne pour la prochaine présidentielle.

Il a donc essayé de forcer la main aux élus calédoniens en les invitant à Paris, au dernier moment. Ca n’a pas fonctionné. La moitié du camp indépendantiste n’a pas fait le déplacement et les discussions qui se déroulent actuellement ne déboucheront pas sur grand chose. 

Emmanuel Macron également s’essaie volontiers au coup politique. L’interview accordée au média en ligne “Brut” au mois de décembre par exemple en était un. Le chef de l’Etat voulait s’adresser à la jeunesse qui, pour une part importante, ne s'informe plus via les médias traditionnels. Et sur l’insistance du journaliste qui l’interrogeait, Rémy Buisine, il avait accepté d’employer les termes de “violences policières”, vraisemblablement dans le but de complaire à son auditoire.

Mais ça lui a valu de fortes récriminations des syndicats de police qui n’ont aujourd’hui toujours pas digéré ce qu’ils considèrent comme une duplicité de la part d’Emmanuel Macron.

Et on voit bien là les limites du coup politique. Car le coup, C.O.U.P, a un coût, C.O.Û.T. Et la monnaie avec laquelle il se paye est la crédibilité. Le coup raté, le coup éventé, génère immanquablement une importante perte de crédibilité. Et surtout leur multiplication alimente la défiance. Or on constate depuis 10 ans, à travers les enquêtes réalisées par le CEVIPOF comme le baromètre annuel de la confiance politique, que la défiance, en France, se situe de manière constante à un niveau très élevé au sein de la population.

Chroniques

8H20
43 min

L'Invité(e) des Matins

Faites entrer le visiteur : du Louvre au pass culture, le temps des politiques culturelles. Avec Michel Guerrin et Krzysztof Pomian
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......