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Les mots de la crise sanitaire

2 min
À retrouver dans l'émission

La pandémie a aussi changé notre langage.

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- Crédits : Yagi Studio - Getty

Parmi les pistes du gouvernement : un “confinement serré”. Concept fort mystérieux. Mais hier soir, BFM TV a surenchéri en évoquant un “confinement hybride”. 

“Hybride” ou ”serré”, j’avoue ne plus savoir ce qu'il faut préférer. 

Un jour, des historiens se pencheront sur cette période étrange. Peut-être remarqueront-ils la créativité linguistique qui s’est emparée de nous. 

C’est sans doute l’un des effets collatéraux de l’effroi, de la surprise, de l’incompréhension.

Il y a encore un an, qui aurait compris les mots “geste-barrière” ? Ou bien “écouvillon” ? Ou encore “webinaire” ? 

Qui, en dehors des spécialistes, aurait su ce qu’était un “pangolin”, une “comorbidité”, ou même un “essai randomisé en double aveugle” ? 

Désormais, nous maîtrisons ces mots presque les yeux fermés.

Il y a aussi ces sigles obscurs devenus familiers : FFP2 , PCR, ARN... Le langage technique est devenu la langue maternelle de la crise.

La langue de la vie quotidienne change elle aussi... 

Avec des concepts brumeux comme “l’effet apéro” ou “l’apéro-zoom” (existe-t-il un "effet-apéro-zoom" ?)

Vous aurez aussi noté l’invasion de mots vaguement futuristes, un peu inquiétants : “présentiel”, “distanciel”, “cluster”. 

Ou bien, à l’inverse, des termes soudain ressuscités du passé, écoutez [extrait sonore] : 

“La bamboche c’est terminé.”

Ainsi parle un préfet sur le plateau de France 3 au temps du couvre-feu… “Couvre-feu” : tiens, voici un vocable qu’on croyait lui aussi désuet. 

Mais plus rien ne nous étonne : les vaccins portent des noms de voitures (“Astra Zeneca” ; “Moderna”). Et dans son absurdité, la crise sanitaire nous a encerclés de mots qui ont l’air d’oxymores… 

Prenez par exemple “distanciation sociale”, “vacances apprenantes”, “plateau montant” des contaminations… 

ou encore le mot “hydro-alcoolique”, oxymore à lui tout seul. 

Jargon

Bref, nous voici avec un amas de néologismes, de technicismes et de barbarismes. C’est le reflet du caractère inédit de ce que nous vivons.

Le langage politique les a incorporés, tous ces termes, de peur qu’on s’aperçoive qu’il n’a guère de prise ce qui nous arrive.

Avec ce jargon, nous nous rassurons collectivement. A mi-chemin entre Orwell et la méthode Coué. 

Ces mots nous donnent l’impression d’être savants, ou au moins renseignés. Alors qu’on a rarement aussi peu su ce qui nous arrivait. 

Un vocable toujours plus fourni... pour une époque qui nous laisse pourtant bouche bée.

Frédéric Says

Chroniques
8H20
45 min
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