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A l'Université d'été du MEDEF, Nicolas Sarkozy a surpris son public, hier, en appelant à davantage de régulation économique.

Quand la droite dénonce le libéralisme

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Les débats tenus au rassemblement annuel du MEDEF, hier, ont révélé d'intéressantes évolutions idéologiques.

A l'Université d'été du MEDEF, Nicolas Sarkozy a surpris son public, hier, en appelant à davantage de régulation économique.
A l'Université d'été du MEDEF, Nicolas Sarkozy a surpris son public, hier, en appelant à davantage de régulation économique. Crédits : Eric Piermont - AFP

Y aurait-il un vent idéologique nouveau à droite ? Nicolas Sarkozy a surpris son auditoire hier au rassemblement annuel du MEDEF, en affirmant ceci au sujet du libéralisme : 

"Il y a quarante ans, le monde manquait de liberté [économique]. Aujourd'hui, j'ose le dire : il manque de régulation."

Curieux, cet appel à la régulation économique, que l'on attendrait davantage aux universités d'été de la France insoumise. 

Alors est-ce uniquement un propos en l'air, la volonté de surprendre son auditoire, de montrer une image plus nuancée de lui-même ? Après tout, Nicolas Sarkozy ne vise plus rien électoralement, il peut donc s'affranchir des canons idéologiques de son parti. 

On en était là de nos réflexions, quand cette autre déclaration a été prononcée. Elle concerne les livreurs à vélo et les plateformes qui les rémunèrent :

"On est en train de fabriquer les nouveaux Canuts avec les salariés de ces plateformes. Et on laisse faire ! Je pense que les plateformes comme les GAFA réussissent parce qu'ils ne respectent aucune des règles de concurrence, aucune règle fiscale, aucune règle sociale. Donc au bout d'un moment, faut quand même se réveiller. Parce que ça finira mal tout ça !"

Qui est cet obscur gauchiste, cet anti-libéral forcené ? On se frotte les yeux mais c'est bien lui : Xavier Bertrand, l'ancien ministre de François Fillon. Allusion aux Canuts, ces ouvriers tisserands du XIXème siècle. Leurs révoltes ont marqué l'histoire sociale, en particulier dans la région lyonnaise. Xavier Bertrand a tenu ces propos, lui aussi, aux universités d'été du MEDEF : les participants ne seront pas venus pour rien. 

Alors comment expliquer ces déclarations ? 

Pour Nicolas Sarkozy, la première hypothèse est qu'il s'agit de justifier son bilan, de travailler à sa postérité. Il offre le visage de la lucidité sur les excès du capitalisme dérégulé... tout en assumant avoir participé à cette dérégulation. Mais à quel moment cette liberté économique, cette dérégulation est-elle allée trop loin, au point qu'il faille la corriger ? Ce tournant a-t-il eu lieu sous le mandat de Nicolas Sarkozy ? Ce serait une question intéressante à lui poser. 

Pour Xavier Bertrand, ses détracteurs y verront l'art de toujours savoir se distinguer par une petite phrase juste assez détonante. Elle permet de susciter l'attention, de faire quelques lignes dans le journal et quelques secondes à la radio (c'est précisément ce qui est en train de se passer). 

L'homme est habile à la manœuvre. Président de la région Haut de France, il attend son heure pour revenir sur la scène nationale avec une ligne sociale. Cela vaut bien quelques cartes postales envoyées aux journalistes. 

Mais ces deux coming-out "libéralo-sceptiques" disent quelque chose de plus global. Au fond, ils promeuvent l'égalité plutôt que la liberté. Ce qui est intéressant, c'est qu'ils n'ont suscité aucun remous au sein du public du MEDEF. 

Comme si ces thèses, qui ont longtemps été hérétiques à droite (en tout cas au sein de la droite balladuro-sarkozyste), étaient maintenant banales. Il faut dire que les certitudes tombent peu à peu.

Tenez, il en va de même pour la dette publique. Pendant longtemps, les gouvernements y voyaient une sorte de maladie, qu'il fallait à tout prix éradiquer à coup de baisse des dépenses publiques. Au moins dans le discours...

Désormais - et c'est l'ancien chef économiste du FMI qui le dit - : "Endettez-vous !" 

La dette n'est pas mauvaise pour les Etats, d'autant que les taux d'intérêt sont très bas, voire quasi-nuls. Les gouvernements peuvent ainsi retrouver de l'oxygène pour investir dans les infrastructures. Cet ancien chef-économiste du FMI s'appelle Olivier Blanchard et ce discours est tenu dans le journal Les Echos

Bien sûr, tout cela ne constitue pas un retournement idéologique absolu à droite. Mais enfin, des raisonnements présentés hier comme des évidences intangibles (moins d'Etat, moins de règles, moins de dettes) sont en train de sérieusement passer de mode. 

Qui a dit que rien ne bougeait dans la vie des idées en politique ?

Frédéric Says

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