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Réforme des institutions : Emmanuel Macron avance ses pions avec prudence.

Proportionnelle : Macron cherche la voie

3 min
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Cette semaine, était prévu l’épilogue d’un mystère durable : quelle dose de proportionnelle dans la future Assemblée nationale ?

Réforme des institutions : Emmanuel Macron avance ses pions avec prudence.
Réforme des institutions : Emmanuel Macron avance ses pions avec prudence. Crédits : Science Photo Library - AFP

L’actualité tragique a bien sûr bouleversé l’agenda de l’exécutif, et dans ce contexte ces questions politiciennes paraissent fatalement très secondaires.  

Pourtant, la dose de proportionnelle induit de multiples conséquences. La première d’entre elle se résumant à la question suivante : la France sera-t-elle encore gouvernable ?
Ou plutôt : comment garder un système qui permette de dégager une  majorité, tout en améliorant la représentation des forces politiques  minoritaires ?
 

Dans la future assemblée nationale, faut-il 10% de députés élus à la proportionnelle ? 15% ? 25 % ? Réponse compliquée.
 

Emmanuel Macron est pris entre deux écueils. Fixer un seuil trop bas,  c’est risquer le reproche d’une réforme cosmétique. Un changement qui ne change rien. Fixer un seuil trop haut, c’est faire revenir la crainte - très IVème République - de forces politiques éparpillées, de coalitions précaires et de majorités incertaines.
 

A vrai dire, il y a un troisième paramètre : ce paramètre s'appelle François Bayrou. Le président du Modem se démène en coulisses pour que la dose de  proportionnelle soit importante. Et il dispose d’un argument-massue : il a accepté de se retirer de l’élection présidentielle en faveur d’Emmanuel Macron, en échange de plusieurs engagements... dont un parlement "plus représentatif".
 

François Bayrou demande entre 20 et 25% de proportionnelle dans la future assemblée. Obtiendra-t-il satisfaction ? Pas sûr. Ce fin lettré sait depuis Talleyrand qu’"il n’existe qu’une seule façon de dire oui. Toutes les autres veulent dire non". Et pour l'instant, c'est plutôt... toutes les autres. 

A en croire le Canard Enchaîné de la semaine dernière, Emmanuel Macron a même cité le système allemand en contre-modèle. La laborieuse coalition entre CDU et SPD a mis des mois à se constituer... 

Attention aux effets collatéraux

En 1986, avec la proportionnelle intégrale, François Mitterrand avait fait entrer 35  députés FN à l’Assemblée. Deux ans plus tard, ce mode de  scrutin était enterré par Jacques Chirac, sous les hauts  cris d'un député de l'époque, un certain Jean-Marie Le Pen : 

"Vous n'avez pas été un hussard, ni même un cosaque. Vous vous êtes conduit à l'égard de cette assemblée comme un soudard. Vous avez voulu violer l'Assemblée nationale, non seulement l'opposition mais aussi votre propre majorité". 

Les mots seront-ils les mêmes lors du débat à venir ? Sans doute pas. Emmanuel Macron doit trancher dans les prochains jours, pour une adoption de la réforme institutionnelle avant l'été.

Autre motif d’hésitation : les députés élus à la proportionnelle seront-ils perçus comme "hors-sols" ? Non élus d'une circonscription, mais d'une liste présentée par chacun des partis,  ces nouveaux députés pourraient être vus comme des émanations d'appareils parisiens,  récompensés pour services rendus.

Ce qui ne correspondrait pas vraiment à la démocratie définie ainsi par le président, hier, lors de son discours sur l'intelligence artificielle :

"La démocratie, c'est le système le plus bottom up de la terre, parce que les gens décident".

Reste à trouver un mode de scrutin qui soit bottom up et non top down.

Frédéric Says

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