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Emmanuel Macron aux Mureaux dans les Yvelines le 2 octobre 2020

L'unité nationale à l'épreuve de crises multiples

4 min
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Les situations de crises semblent s’enchaîner et se démultiplier depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron. Aux crises sanitaire et économique qui touchent le pays depuis le printemps dernier s'ajoute aujourd'hui le risque terroriste lié à l'islam politique en France et à l'étranger.

Emmanuel Macron aux Mureaux dans les Yvelines le 2 octobre 2020
Emmanuel Macron aux Mureaux dans les Yvelines le 2 octobre 2020 Crédits : Ludovic Marin - AFP

A 24 heures d’intervalle, Emmanuel Macron a lancé deux appels à l’unité de la nation. Le premier, c'était mercredi soir lorsqu’il a annoncé sa décision de reconfiner la population face à la progression incontrôlée de l’épidémie de Covid19 :  

Nous devons, quoiqu’il arrive, rester uni et solidaire et ne pas céder au poison de la division. Cette période est difficile parce que justement, elle éprouve notre résilience et notre unité… Mais j’ai confiance en nous, en vous. Nous devons tenir.

Emmanuel Macron s’est livré à un second appel à l’unité nationale, hier, à l’occasion de son déplacement à Nice, juste après l’attentat terroriste qui a coûté la vie à trois personnes à l’intérieur de la Basilique Saint-Pierre :  

En France, il n'y a qu'une communauté, c'est la communauté nationale. Je sais que tous nos concitoyens sont aujourd’hui profondément choqués, bouleversés, de ce qui vient une fois encore de se passer. Et donc j’appelle à l’unité de tous.

Le ton, cette fois, était beaucoup moins assuré. Le président semblait beaucoup moins confiant dans la capacité des français à se montrer résilients et dans l’aptitude du pays à maintenir son unité. 

Il faut dire que depuis deux semaines et la décapitation d’un enseignant à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, le débat s’est hystérisé autour de la question de l'islam politique. 

La droite agite la menace d’une cinquième colonne et réclame des mesures d’exception tandis que la gauche se déchire entre les tenants d’une laïcité de combat et les défenseurs d’une laïcité qui ne stigmatiserait pas la religion musulmane. L’attentat de Nice où il y a eu, encore une fois, décapitation, ne devrait en rien apaiser les tensions et les divisions.  

Cet attentat a créé beaucoup de confusion au sein de l’exécutif Le premier ministre, Jean Castex, a été mis au courant alors qu’il venait de terminer le discours qui lançait le débat sur le reconfinement à l’Assemblée Nationale. Il s’est excusé de ne pas pouvoir rester. Il est parti. Puis il est revenu pour suivre la fin des débats et assister au vote des députés. Et hier soir, en préambule de la conférence de presse qu’il a donné sur les détails du reconfinement, il s’en est expliqué brièvement :  

Cette attaque ignoble vient nous frapper alors que nous sommes par ailleurs confrontés à une crise sanitaire sans précédent… La lutte contre le terrorisme, nous la menons de front avec la lutte contre l’épidémie qui frappe elle aussi très durement notre pays.  

Ce qui a également beaucoup perturbé le président et son gouvernement, c’est le fait que, à peine quelques heures après l’attentat de Nice, la police a interpellé, à Lyon, un jeune afghan de 26 ans muni d’un couteau de trente centimètres et qui, aux dires des fonctionnaires, s’apprêtait à passer à l’acte. 

Dans le même temps, une autre attaque s’est produite en Arabie Saoudite. Un vigile du consulat français de la ville de Djeddah a été attaqué, là encore au moyen d’un couteau. Vigile qui ne serait que légèrement blessé. 

Tout ça montre que la menace terroriste est à la fois endogène (sur le territoire français) et exogène (dans le reste du monde).  Dans 13 pays musulmans, la France est la cible de récriminations, de boycotts, de manifestations. Des produits français sont retirés des rayons au Koweit et en Jordanie. Des portraits d’Emmanuel Macron et des drapeaux français sont brûlés en place publique en Lybie, au Bangladesh, au Pakistan. Un ancien premier malaisien a même tweeté hier que "les musulmans ont le droit d’être en colère et de tuer des millions de français". 

C’est au point que le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, venu hier après-midi à l’Assemblée Nationale défendre son budget dans le cadre des discussions sur le projet de loi de finances 2021, s’est permis une digression et a délivré ce message à l’adresse du monde musulman :  

Je veux adresser un message de paix au monde musulman pour lui dire que la France n’est pas le pays du mépris ou du rejet, c’est le pays de la tolérance.

Ce qui est frappant et qui a pu alimenter une certaine confusion au sein du pouvoir exécutif, c’est la simultanéité du reconfinement de la population et des attaques terroristes. C'est aussi le fait que les crises auxquelles il faut faire face semblent se multiplier. 

A la crise sanitaire s’ajoute désormais une crise économique que Bercy s’évertue à contenir à coups de milliards empruntés sur les marchés financiers. La menace terroriste s’est concrétisée, une nouvelle fois, avec l’attentat hier à Nice et laisse présager que d’autres attaques du même type pourraient survenir. Et puis il y a cette crise à l’international dans les pays musulmans qui cible et incrimine la France.  

Et ces crises succèdent à d'autres situations de crises qui semblent avoir sonné commes des alertes : la révolte des gilets jaunes, la contestation contre la réforme des retraites. 

Dans ce contexte, les appels à l’unité nationale du président de la République relèvent un peu de l'incantion. Car si, face à la crise sanitaire, les français plébiscitent la décision de reconfiner la population, ils n’adhèrent pas pour autant à la manière dont le président gère cette crise. Pas plus qu’ils ne semblent d’accord sur la réponse qu’il convient d’apporter à la menace terroriste. 

Dès lors, on peut se poser cette question : n’y aurait-il plus que la peur qui nous unisse ? Si c’est le cas, est-elle un ciment suffisamment puissant pour que nous continuions à faire nation ?

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