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Face à Léa Salamé et Thomas Sotto, François Fillon a assuré qu'il excluait "absolument" un retour en politique.

François Fillon, la dernière séance

3 min
À retrouver dans l'émission

A quelques jours de son procès, l'ancien premier ministre a fait ses adieux à la politique, hier soir sur France 2.

Face à Léa Salamé et Thomas Sotto, François Fillon a assuré qu'il excluait "absolument" un retour en politique.
Face à Léa Salamé et Thomas Sotto, François Fillon a assuré qu'il excluait "absolument" un retour en politique. Crédits : Martin Bureau - AFP

François Fillon ne sera pas le Charles Aznavour de la politique. Certes, en 2017 il se voyait déjà en haut de l'affiche. Mais il ne compte pas multiplier les vrais-faux adieux sur scène. Il l'a martelé hier soir sur France 2 : 

"Je le dis tout de suite : je ne chercherai pas à revenir. (...) - Même si vous êtes blanchi à l'issue de votre procès, la politique c'est terminé ? - Absolument." 

Et si "on n'est jamais mort en politique", selon le proverbe maintes fois vérifié, François Fillon a décidé de s'administrer lui-même l'extrême-onction de la vie publique. 

Le cheveu un peu blanchi, la mine plus chiffonnée qu'à l'habitude, l'ancien premier ministre semble tout juste désireux de faire absoudre de ses pêchés. 

Par exemple ? Sa petite phrase de campagne ("Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?") qui visait Nicolas Sarkozy : 

"J'ai fait l'erreur de provoquer Nicolas Sarkozy avec cette phrase. (...) J'ai quasiment toujours évité d'attaquer les personnes. Et là dans l'enthousiasme, ou la force du meeting, j'ai dérogé à cette règle et je le regrette."

Et l'ex-candidat de suggérer que cette provocation n'est pas pour rien dans les ennuis judiciaires qu'il a eu ensuite... 

Fictif

Mais dans cette grande confession audiovisuelle face à Léa Salamé et Thomas Sotto, le pénitent n'est pas toujours prêt à tendre l'autre joue. 

Il essaye de démonter une par une les accusations d'emplois fictifs. Sa femme Pénélope travaillait, explique-t-il, depuis la Sarthe : elle organisait son agenda local et relisait ses discours. 

On sent poindre un brin de mauvaise foi, au moment où ses interviewers diffusent une vidéo. Celle d'une vieille interview de Pénélope Fillon, expliquant à une journaliste britannique qu'elle n'a jamais été l'assistante de son mari. 

Voici la justification de François Fillon : 

"Elle est d'une très grande timidité, d'une très grande réserve. (...) J'ai envie de dire même qu'elle se dévalorise un peu..."

La discrétion et la modestie extrêmes, au point de dissimuler un travail. En somme, ce n'était donc pas un emploi fictif... mais une oisiveté fictive ! Celle-là, il fallait la trouver. 

Sans oublier ce fâcheux lapsus : 

"Un assistant contribue au financement... pardon, au fonctionnement... de son parti !"

Mais de tout cela, ce sont les juges qui feront l'exégèse. Cela dit, outre l'aspect judiciaire, l'intérêt d'une émission telle que celle-ci, c'est que l'invité n'espère plus rien de la vie électorale. 

Il se départit donc des effets de manche, de coups de mentons et des petites phrases habituelles à ce genre d'exercice. 

En revanche, le recul lui va bien, et son analyse politique méritait d'être entendue. Une analyse certes nourrie aux mamelles du pessimisme et du conservatisme, mais qu'on a sentie - pardon pour ces gros mots - sincère et lucide : 

"[Dans cette époque], on a peur, on ne veut pas continuer à vivre avec les autres, donc on se retire. C'est la Catalogne, c'est le Brexit, c'est les Flandres, c'est le repli religieux (...), c'est le repli sur des communautés ethniques. Et ce repli communautaire, il a pour conséquence d'abaisser, d'affaiblir le pouvoir central".   

Il y avait là quelque chose de testamentaire. Comme souvent dans les dernières prises de parole des fauves de la politique. Cela nous a fait penser aux derniers discours de Gérard Collomb et de Jacques Chirac [extraits sonores].

Les derniers mots d'un politique sur les premiers maux de la société. 

Tout cela est bien, mais vient cette question : pourquoi décrivent-ils la réalité seulement lorsqu'ils ne sont plus en mesure de la changer ?

Frédéric Says

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