LE DIRECT
Dans un entretien à la revue "Charles", le ministre Gérald Darmanin confie n'être pas "extrêmement heureux" à Bercy.

La tentation du bar à vin

3 min
À retrouver dans l'émission

Quand des responsables politiques affichent leurs désirs de reconversion.

Dans un entretien à la revue "Charles", le ministre Gérald Darmanin confie n'être pas "extrêmement heureux" à Bercy.
Dans un entretien à la revue "Charles", le ministre Gérald Darmanin confie n'être pas "extrêmement heureux" à Bercy. Crédits : Alain Jocard - AFP

Alain Juppé a eu la tentation de Venise, Gérald Darmanin a celle de Sienne. L'ouverture d'un bar à vins, dans la ville de Sienne en Italie : voilà son projet à moyen terme, à en croire les confidences que le ministre du Budget a faites à la revue Charles.

Darmanin, 35 ans, confie qu'il n'est pas extrêmement heureux à Bercy. Pas malheureux non plus, dit-il, « mais c'est un moment de ma vie. Le ministère, ça enferme. Après mon expérience gouvernementale, j'arrêterai. » De prime abord, on a presque la larme à l’œil. Voici donc un tout jeune élu, qui a conquis son mandat de député, la mairie de Tourcoing et l'un des postes-clé du gouvernement, mais qui garde les pieds sur terre. Avec en plus le suprême bon goût d'allier les plaisirs du vin et ceux de la ville de Sienne. Puis il nous revient en mémoire quelques déclarations du genre. 

"Vous n'entendrez plus jamais parler de moi"

En 1976, le jeune Jacques Chirac quitte Matignon. Il affirme alors à qui veut l'entendre qu'il compte voyager et ouvrir une galerie d'art... « Vous n'entendrez plus jamais parler de moi », dit-il au président Giscard d'Estaing. 

On pense aussi, tiens, à un autre responsable politique, précoce, surdoué. Un certain Nicolas Sarkozy, élu maire de Neuilly à 28 ans. Tout jeune ministre, il avait eu cette phrase : « je suis là pour faire, pas pour durer. J'arrêterai avant mes 50 ans. » 

La politique est une drogue, et pour ceux dont la vie s'est résumée à elle, il est difficile d'en masquer l'addiction. D'où ces déclarations un peu fantasques, qui présentent à vrai dire plusieurs avantages.

D'abord, il s'agit de montrer que la politique n'est pas un métier auquel on s'accroche. Dans le gouvernement actuel, Gérald Darmanin n'est d'ailleurs pas le seul : Christophe Castaner, lui, confie dans une interview à Libération, qu'il se verrait bien ouvrir "une paillote au Cap-Vert". En toute simplicité. 

La tentation de Venise, de Sienne, ou d'ailleurs, vise aussi à humaniser le responsable politique. Derrière l'ambitieuse machine de guerre électorale, il y aurait donc un cœur qui bat, et pourquoi pas quelques jardins secrets. Cela permet à Gerald Darmanin de raboter son image de jeune homme pressé. 

Enfin, il s'agit de suggérer que le ministre n'est pas coupé de la vie réelle, la preuve, il n'aurait aucun mal à se reconnecter avec elle. A rebours de cette phrase culte de Louis de Funès dans la Folie des grandeurs : "qu'est-ce que je vais devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire !"

Le blues du cadre ?

Les responsables politiques nous rejouent le blues du cadre de la Défense qui rêve de devenir ébéniste dans la Creuse. C'est dans l'air du temps : le burn-out du tertiaire, le retour aux vraies choses, la quête de sens - ou plutôt des sens, si on parle de bar à vin. 

Alors l’œnologie à Sienne, la galerie d'art à New York ou la paillote au Cap Vert, tout cela est très bien. Il n'empêche : la jurisprudence politique amène à douter de ces projets de vie à la limite d'"into the Wild". Ceux qui sont partis sont en général revenus. Confère Alain Juppé après le Québec, ou Arnaud Montebourg après sa formation en création d'entreprise. Et ceux qui ne sont pas revenus, c'est le plus souvent qu'ils n'ont pas été rappelés par les électeurs, ou que la justice s'est rappelée à eux. D'ailleurs, ces dernières années, les reconversions réussies de politiques se font principalement dans les médias ou la finance (on pense à Roselyne Bachelot) plutôt qu'à la tête d'une chambre d'hôtes végan en Patagonie. Plus prosaïquement, les articles ne manquent pas sur ces anciens responsables politiques qui peinent en réalité à retrouver du boulot, qui n'ont pas repris le cours d'une vie professionnelle. Cela dit, ça fera toujours des clients en plus pour aller déguster un chianti du côté de Sienne. 

Frédéric Says

Chroniques

8H19
25 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Immigration : pourquoi Macron durcit le ton ? (2ème partie)
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......