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Ils appartenaient au parti Les Républicains, ils travaillent avec la majorité d'Emmanuel Macron. Le sort des "traîtres" divise la droite.

La tragi-comédie des exclusions

4 min
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Les Républicains hésitent à exclure ceux qui ont rejoint Emmanuel Macron. Enjeux d'un casse-tête.

Ils appartenaient au parti Les Républicains, ils travaillent avec la majorité d'Emmanuel Macron. Le sort des "traîtres" divise la droite.
Ils appartenaient au parti Les Républicains, ils travaillent avec la majorité d'Emmanuel Macron. Le sort des "traîtres" divise la droite. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Imaginez un couple qui veut rompre, qui ne vit plus ensemble, qui échange des insultes... Mais où personne ne veut prendre l'initiative du divorce. Voici le scénario de série B que jouent depuis plusieurs mois maintenant le parti LR, d'un côté, et de l'autre les ténors de droite qui ont rejoint Emmanuel Macron.

Ces "traîtres" - comme certains les appellent à droite - avaient 8 jours pour s'expliquer sous peine d'être radiés de LR. Parmi eux, le premier ministre Édouard Philippe, les ministres Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, et quelques autres, dits les "constructifs". L'ultimatum prenait fin hier soir.

Or, hier soir, rien ne s'est passé. Il est vrai que la menace avait un côté ridicule : 8 jours pour expier ses fautes, alors que cela fait 6 mois que les accusés frayent avec Emmanuel Macron. La sanction est à la mesure de la menace : inexistante. Ou du moins renvoyée aux calendes grecques, au plus tôt à la fin octobre dans un nouveau bureau national.

La main tremble. Cela s'explique de plusieurs façons : d'abord, bien sûr, la vacance du pouvoir à la tête des LR. La direction est en sursis jusqu'à l'élection interne du 10 décembre.

Mais sur le fond, cela montre aussi l'ambiguïté de la droite vis-à-vis du macronisme. Jusqu'à présent, le chef de l’État exécute les réformes dont elle n'osait rêver : la modification du code du travail, la suppression partielle de l'ISF, la flat tax sur les revenus du capital... Dès lors, comment s'opposer sans passer pour un mauvais coucheur ? D'ailleurs, Bruno Le Maire, ex-LR devenu ministre de l’Économie, n'a pas manqué de relever cette contradiction face à la droite, cette semaine à l'Assemblée.

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Pour les transfuges de la droite, le seul ticket d'entrée dans la macronisme aura été le renoncement à certaines positions sociétales. Exemple : en 2013, Gérald Darmanin disait qu'il ne voulait pas marier des couples de même sexe. En 2017, il accepte la procréation médicalement assistée pour les coupes de femmes.

Quête d'identité

Cette fébrilité s'explique aussi par une crise d'identité au sein du parti Les Républicains. "Qui sommes-nous et que voulons-nous ?" Les cadres et les militants n'ont pas eu l'occasion d'apporter des réponses à ces questions, encore essoufflés par la longue course d'obstacles de l'année électorale.

Conséquences : le doute, les craintes et in fine le recroquevillement identitaire. La tentation d'apurer la ligne idéologique et d'épurer les figures du mouvement.

Bernard Accoyer ne dit pas autre chose, dans une interview au Monde. Le secrétaire général de LR rappelle sévèrement le passé rocardien d'Edouard Philippe, le premier ministre. Son exclusion, dit Accoyer, ne sera qu'"un retour aux sources. Il rejoindra la gauche moderne dont il vient". Comme si pendant toutes ces années, Edouard Philippe n'avait été qu'un agent dormant de la social-démocratie infiltré à droite.

Cette volonté de rebâtir la famille en excluant les renégats accentue la division. Y compris chez ceux qui restent. A l'image de Xavier Bertrand, président LR de la région Hauts-de-France :

"Les purges je pensais que c'était chez les Staliniens. Pas chez les Gaullistes, pas chez les Républicains" (France 3)

Droite stalinienne ? Ira-t-elle jusqu'à effacer les visages des "traîtres" sur les photographies d'archives ? Plus sérieusement, comment pourra-t-elle justifier de n'avoir pas exclu hier des personnalités aux multiples mises en examen dans des affaires financières... et de sortir l'artillerie lourde contre ceux qui n'ont pour seul tort de mener une politique de droite au gouvernement ?

Bien sûr, les accusés ont beau jeu de jouer les martyrs. La part de comédie n'est pas négligeable : ils ne veulent pas rester, mais ne veulent pas partir. Ces transfuges sont d'ailleurs les instruments volontaires d'une stratégie qu'Emmanuel Macron dévoilait à ses troupes, dans une réunion captée par les caméras d'Envoyé spécial sur France 2 :

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Opération réussie. L'étape suivante commencera le 10 décembre, avec l'élection probable de Laurent Wauquiez. Un prétexte idéal pour tous ceux qui veulent quitter LR. La droite "constructive" comme elle s'appelle réfléchit à une nouvelle formation politique. Un parti d'appoint, à l'aile droite du gouvernement. L'alliance des bannis, en quelque sorte, qui vivra désormais sous le même toit que la Macronie.

Frédéric Says

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