LE DIRECT
Les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes célèbrent leur victoire dans le quartier de Belleville, à Paris, le 17 janvier 2018.

Notre-Dame-des-Landes : et maintenant ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le gouvernement a renoncé à faire construire l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Cette décision consacre la méthode de l’exécutif mais elle affaiblit son autorité.

Les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes célèbrent leur victoire dans le quartier de Belleville, à Paris, le 17 janvier 2018.
Les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes célèbrent leur victoire dans le quartier de Belleville, à Paris, le 17 janvier 2018. Crédits : Zakaria Abdelkafi - AFP

Était-ce la meilleure solution ? C'était en tout cas la moins mauvaise, à entendre le ton un peu las d’Édouard Philippe au 20 heures de TF1 hier soir :  

"On dit souvent que gouverner c'est choisir. Eh bien, j'ai choisi, en conscience, avec l'ensemble des informations qui étaient à ma disposition".

De deux maux il faut choisir le moindre, semble nous dire le Premier ministre. Le choix du renoncement ne s’explique pas uniquement par l’aspect conflictuel du dossier, « l’aéroport de la division » comme l’appelle Édouard Philippe… A ce compte-là, les ordonnances sur le travail étaient aussi des ordonnances de la division, et n’auraient pas dû passer l’automne… Non, c’est davantage le risque politique lié à l’évacuation de la ZAD qui a donné des sueurs froides au gouvernement. Dans son livre paru il y a quelques semaines, Bernard Cazeneuve, l'ancien ministre de l'Intérieur, révèle cette information. Pour déloger les zadistes, sur cet immense terrain de 1600 hectares, il aurait fallu mobiliser pas moins d’un tiers de l’ensemble des forces mobiles de toute la France.

Difficile, en période d’alerte terroriste. Encore plus compliqué, quand on connaît le risque d’affrontements violents, de blessés graves, peut-être de décès. Un mort à Notre-Dame-des-Landes, c’eut été ajouter le déshonneur à une décision contestée. Cela aurait eu pour effet immédiat d’enterrer le projet pour un bon moment. Sans contenter personne, ni les partisans, ni les opposants. 

Pour l’exécutif, ce fut sans doute la décision la plus difficile depuis le début du quinquennat… 

Cette fois, le gouvernement ne pouvait pas s’en sortir par un compromis. Qu'aurait signifié sur ce dossier le fameux « Et en même temps » ? Une moitié d’aéroport ? Une demi-piste d’atterrissage ?

Et maintenant ? Quelle conséquence aura cette décision historique sur le cours du quinquennat ? A l’évidence, elle consacre la méthode de l’exécutif mais elle affaiblit son autorité. Chacun reconnaît que le dialogue tissé par Édouard Philippe avec les élus et les associations, a contribué à amoindrir le sentiment de brutalité. Pour autant, le gouvernement s’assoit sur un vote (la consultation organisée il y a un peu plus d'un an) ; ce n’est pas rien en démocratie. Et surtout, cette décision contredit explicitement les propos du candidat Emmanuel Macron. C’était en avril 2017 sur France 2 : 

"Il y a eu un vote. Mon souhait, je vous le réitère ici très clairement, c'est de le respecter. Et donc de faire [l'aéroport]."

Et voici donc, le premier revirement d’Emmanuel Macron par rapport à sa campagne.   Certes, à la même époque, il avait aussi indiqué qu’il nommerait des médiateurs, pour examiner les projets alternatifs. Il n’empêche, la promesse de faire l’aéroport avait été gravée dans le marbre télévisuel. On observe d’ailleurs que le chef de l’État a pris soin, hier, de ne pas s’exprimer publiquement sur la décision. Le contraste des déclarations télévisées "avant/après" à seulement 9 mois d’écart aurait été un cadeau inestimable pour ses adversaires. 

"Éviter d'autres ZAD" 

A l’évidence, la décision du gouvernement apparaît aussi comme un puissant stimulant pour toutes les contestations locales. Il est donc possible de faire renoncer l’État, même après un empilement de décisions judiciaires favorables au projet. Comment ne pas imaginer le surcroit de motivation pour les militants sur le site de Bure dans la Meuse, qui se battent contre le centre d’enfouissement des déchets nucléaires ? Comment ne pas anticiper le regain de combativité pour les zadistes opposés au Center Parcs de Roybon en Isère ? Mais aussi pour tous les collectifs de riverains qui attaquent ici ou là l’implantation d’éoliennes, et ainsi de suite. L’exécutif a bien perçu le danger, avec cette précision d’Édouard Philippe :

"On a laissé des zadistes s'installer et bloquer des projets. Ce qu'il faut éviter à l'avenir, c'est que des ZAD se constituent". 

Nicolas Hulot ne dit pas autre chose ce matin dans le Parisien-aujourd’hui en France.   Avec cette décision, le gouvernement s’est enlevé une épine du pied ; mais il en a peut-être jeté des dizaines d’autres sur son chemin d’ici à la fin du quinquennat. Pour tirer un profit politique de l'opération, il devra désormais convaincre que l’autorité consiste moins à persévérer qu’à trancher. Et que ce recul est en fait une avancée.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
23 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

PMA, GPA, anonymat : les enjeux des prochaines lois de bioéthique (2ème partie)
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......