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Emmanuel Macron répète 34 fois le verbe "souhaiter" dans son discours sur la sécurité le 18 octobre 2017

Macron ou la présidence du souhait

3 min
À retrouver dans l'émission

Cinq mois de mandat pour Emmanuel Macron et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est partout, sur tous les écrans, de TF1 à Facebook Live en passant par Periscope. Une "omni-présidence" disait-on du temps de Nicolas Sarkozy. Et c'est une "présidence du souhait" constate Ludovic Piedtenu.

Emmanuel Macron répète 34 fois le verbe "souhaiter" dans son discours sur la sécurité le 18 octobre 2017
Emmanuel Macron répète 34 fois le verbe "souhaiter" dans son discours sur la sécurité le 18 octobre 2017 Crédits : PHILIPPE WOJAZER / POOL/EPA/MaxPPP - Maxppp

En raison d'un mouvement de grève ce 19 octobre, cette émission n'est pas disponible à la réécoute.

Que ne disait-on pas du temps de Nicolas Sarkozy, il y a - déjà - 10 ans ! "L'omniprésident", "l'hyperprésident"... Celui qui s'occupe de tout, qui parle sur tout et qui concentre les pouvoirs et semble seul aux commandes : en somme, Jupiter avant l'heure.

Même si dans le cas présent, la "présidence jupitérienne", telle que théorisée par Emmanuel Macron lui-même, n'est jamais qu'une définition du rôle du Président dans la Constitution de la Vème République. "Un Président, clé de voûte, garant des institutions". La différence selon Emmanuel Macron, la "rupture" pour utiliser un mot sarkozyste : c'est de ne plus être "dans le commentaire au jour le jour." Et c'est ici, on le sait, une référence à son prédécesseur.

Multiplier les discours, être omniprésent comme il le fait de façon paroxystique ces jours-ci ne contrevient pas à cette définition. Puisqu'il ne commente pas son action. Il ne fait pas de "métadiscours" (terme employé par le chef de l'Etat). Rencontré début septembre pour une discussion sur sa communication, Emmanuel Macron se comparait à un "écrivain" qui, en même temps, "refusait d'être le critique littéraire de son quinquennat". Il disait aussi :

"Ma parole ne doit pas être un filet d'eau continu" - Emmanuel Macron, le 5 septembre 2017, à Ludovic Piedtenu

Et c'est peut-être davantage sur ce second point qu'il se méprend en ce moment. Attention à ne pas prononcer le discours de trop.

La maîtrise de l'agenda médiatique

C'est la clé de la communication politique, ça s'appelle "faire la météo", c'est-à-dire contrôler l'agenda des médias. Cela fait 20 ans qu'Alastair Campbell, conseiller en communication et stratégie du Premier ministre britannique Tony Blair, a théorisé cette recette. Vous saturez l'espace avec vos discours, vos propositions que les médias se sentent ensuite tenus de relayer. Et à chaque jour un nouveau thème. Nicolas Sarkozy a été le premier Président à procéder de la sorte. Emmanuel Macron est le second. Tout en cherchant bien sûr à se démarquer, il lui a fait un petit coucou hier lors de son discours sur la sécurité.

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10 sec
Macron rappelle les mots de Sarkozy sur la police de proximité - Discours sur la sécurité du mercredi 18 octobre 2017

Mais comme Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron se plaît à dire les choses, à nommer les choses, quitte à choquer. Sarkozy ne faisait pas autrement, ou bien si, en un peu plus vulgaire ou "populaire", comme se justifiait Emmanuel Macron dimanche soir lors de son interview télévisée. Il est pour résumé tout autant dans la transgression.

Sans doute du fait de son jeune âge, de son envie de briser les codes, de bouger la société, comme Nicolas Sarkozy souhaitait le faire en arrivant au pouvoir. Mais attention, c'est souvent ceux qui en disent le plus, qui en font le moins. Il y a un an lors de la primaire à droite, Nicolas Sarkozy affrontait son ancien "collaborateur" comme il s'amusait à qualifier son Premier ministre, François Fillon. Ce dernier, dans cette campagne, a rendu les coups. Voici par exemple ce qu'il disait au sujet de "l'hyperprésident" et de sa gestion du sujet de la sécurité.

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François Fillon tacle Nicolas Sarkozy sur Europe 1 à l'automne 2016

Des idées lancées avec panache mais maintes fois abandonnées en chemin. Nicolas Sarkozy était adepte du "Je veux" et du performatif "Je fais" peu importe le résultat réel. Pour Emmanuel Macron, ce qui interpelle dans ses derniers discours, ce n'est pas le nombre d’occurrences avec force liaison de "Celles et ceux" ou "tôt ou tard" mais plutôt du verbe "souhaiter".

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6 sec
Emmanuel Macron : "Je souhaite"

34 occurrences hier du verbe "souhaiter" sous différentes formes. "Je souhaite" ou parfois même "Je ne souhaite pas". 39 répétitions de "Je souhaite" dans le discours de la semaine dernière à Rungis aux Etats Généraux de l'alimentation. Nous avons donc un Président qui souhaite. Certes, c'est le début de son mandat, il fixe le cap, explique ce qu'il souhaite. Plutôt d'ailleurs que ce qu'il veut. Du "wishful thinking" comme on dirait dans un anglais qu'il maîtrise parfaitement et mieux que moi. Ce qui revient exactement au même, mais s'il préfère souhaiter à vouloir, faisons l'hypothèse que le mot est plus doux. Dans une logique managériale, l'entrepreneur, le patron, le N 1, le manager va préférer le "je souhaite" au "je veux" sans doute plus rassembleur, moins tranchant, plus macronien. Les Présidences se suivent et toutes se ressemblent un peu, tout est affaire de style.

Ludovic Piedtenu

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Intervenants
  • Journaliste, correspondant permanent de Radio France en Allemagne, ancien chef du service politique de France Culture
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