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Bernard Cazeneuve, le 10 mai 2017, lors d'un meeting au Mans.

Et soudain, Bernard Cazeneuve

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Officiellement en période de "recul", le dernier Premier ministre de François Hollande se montre très présent.

Bernard Cazeneuve, le 10 mai 2017, lors d'un meeting au Mans.
Bernard Cazeneuve, le 10 mai 2017, lors d'un meeting au Mans. Crédits : Jean-François Monier - AFP

Dans ce vaste champ de ruine qu'est le PS, il reste cette silhouette, modeste de taille, impeccablement sanglée dans son complet-veston.

Bernard Cazeneuve n'est pas seulement l'homme qui a permis à Édith Cresson de ne plus être détentrice du record de brièveté à Matignon. Il a gardé de son expérience gouvernementale le goût des mots qui claquent sans faire de bruit. Par exemple lorsque le gouvernement d'Emmanuel Macron met les turpitudes financières sur le dos de François Hollande, Bernard Cazeneuve envoie ses uppercuts d'un ton posé :

"J'ai le plus grand respect pour ceux qui ont contribué à l'élaboration de [la taxe de 3%]. Il y avait un homme - qui n'était pas un amateur - à l'Elysée, qui était secrétaire général adjoint, qui était en charge de toutes les questions budgétaires, fiscales et économiques, qui s'appelait Emmanuel Macron. Il y avait des parlementaires qui ont voté ce texte, parmi lesquels figuraient des parlementaires - qui ne sont pas des amateurs -, et parmi eux un homme qui s'appelle Christophe Castaner [actuel porte-parole du gouvernement]." (Interview sur Europe 1)

Face à l'entrain charismatique d'Emmanuel Macron sur ses troupes et face aux harangues conquérantes de Jean-Luc Mélenchon pour ses fidèles, Bernard Cazeneuve joue la contre-programmation. Il est vrai que ce proche de Laurent Fabius n'a jamais trépigné pour susciter l'attention. Il s'en est tenu à cette forme d'assurance modeste et loyale - certes non dénuée d'ambition. Cette discrétion lui a permis en cinq ans d'avancer ses pions sans susciter l'hostilité. Et de passer du modeste poste de ministre des Affaires européennes à celui de chef du gouvernement.

Macron, cet "héliotrope"

En campagne de promotion pour son livre (Chaque jour compte, Stock), il présente le visage aimable du politicien consciencieux et droit, soucieux de l'intérêt général. Mais à l'intérieur des quelque 390 pages de son récit, le ton n'est pas toujours aussi conciliant. S'il reconnaît des qualités à Emmanuel Macron - dont on apprend d'ailleurs qu'il l'a hébergé au ministère de l'Intérieur quand le jeune ministre était traqué par les paparazzis - il critique surtout son goût pour la communication : face aux photographes, il est comme un "héliotrope confronté au soleil", écrit Bernard Cazeneuve.

On sent aussi l'amertume envers le "nouveau monde", de la part de cet élu local, qui a gravi tous les échelons depuis sa ville de Cherbourg. Page 378, il décrit ainsi les néo-députés En Marche : "inexpérimentés bien que sincères, dans la griserie de leur victoire, [ils se sont] laissés convaincre que la noble et vraie politique les avait attendus, pour commencer avec eux ».

Et maintenant ?

En résumé, l'ancien monde fait de la résistance. Mais y a t-il un espace à gauche, entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron ? Bernard Cazeneuve, qui se revendique social-démocrate, semble les renvoyer dos-à-dos. Au fil des lignes, le leader de la France insoumise est qualifié de "gauchiste", de "cynique", de "populiste". L'ancien ministre de l'Intérieur n'oublie pas que Jean-Luc Mélenchon le traita d'"assassin" après la mort de Rémi Fraisse.

Mais l'ancien premier ministre se tient tout aussi loin du « Et en même temps » de l'actuel président. Qui cache, dit-il, une politique de centre-droit libéral. Un macronisme qu'il décrit volontiers comme performatif, spectaculaire. Quand lui-même se dépeint (avec un peu de fausse modestie) comme un simple tâcheron plongé dans la complexité des dossiers.

C'est ainsi qu'il nous livre, p.62, une information passée inaperçue dans la presse. Elle concerne l'évacuation de Notre Dame des Landes, qu'occupent ceux qu'on appelle les zadistes.

Bernard Cazeneuve nous révèle que cette évacuation est quasiment impossible, en tout cas très difficile. Vu l'étendue du site, cela nécessiterait la mobilisation "d'un tiers au moins" des unités de forces mobiles en France. "Ce qui obérerait l'efficacité de notre action sur le front antiterroriste, mais aussi aux frontières", écrit l'ancien ministre de l'Intérieur. Un élément à ne pas oublier, alors que le gouvernement doit prendre sa décision sur le dossier d'ici la fin de l'année.

Alors quelle ambition pour celui qui concède un période de recul, mais pas de retrait et encore moins de retraite ?

Les gazettes murmurent que François Hollande le verrait bien comme candidat à la tête du PS, pour le congrès de février prochain. Avec ce fidèle, il s'agirait à la fois d'empêcher un droit d'inventaire trop cruel sur le hollandisme au pouvoir... mais aussi de garder la main sur l'appareil pour la suite. Sait-on jamais ?

Dans son livre, Bernard Cazeneuve, devenu entre-temps avocat, n'en dit pas beaucoup plus sur ses ambitions. Il concède juste vouloir "prendre [sa] part" dans la "refondation". Mais il assure aussi ne prétendre à rien. Ne rien vouloir d'autre que d'"être utile". Soit exactement le discours qu'il a tenu à chaque fois, à chaque poste, depuis cinq ans... avant de prendre des responsabilités supplémentaires.

Frédéric Says

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