LE DIRECT

Pourquoi changer les règles électorales ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le gouvernement veut modifier les modalités des prochaines élections européennes. Bouleverser les règles électorales, une habitude des nouveaux pouvoirs.

« Être dans le vent, c'est avoir un destin de feuille morte ». Cet aphorisme, souvent cité par Jacques Chirac (dont c'était l'anniversaire hier), s'applique à beaucoup de domaines. La mode façonne l'habillement, la musique, la gastronomie... et même les règles électorales. Hier le gouvernement a annoncé le changement du mode de scrutin pour les prochaines élections européennes (mi-2019). 

Fini, les huit grandes circonscriptions régionales (Sud-Ouest, Sud-Est, etc.), place au scrutin national. Un retour au système qui prévalait avant 2003. Certes, ce choix n'est pas exempt de toute logique : sur le fond, les huit circonscriptions régionales ne correspondaient pas à grand-chose. Sur la forme, le gouvernement a sagement pris soin de consulter toutes les formations politiques avant d'annoncer ce changement. 

Cette décision n'est pourtant pas neutre sur le plan électoral. Elle a pour effet de "nationaliser" le débat. Ce ne sont plus huit têtes de listes régionales, souvent compétentes mais parfois inconnues, qui feront campagne. Mais les têtes d'affiches nationales. Ce mode de scrutin favorise, de fait, les partis qui ont des incarnations fortes, comme l'on dit. En d'autres termes, les champions de la scène médiatique... Proposé par Emmanuel Macron, ce changement rencontre d'ailleurs l'assentiment de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. 

Instabilité des règles démocratiques

Plus globalement, cette modification des règles illustre une manie française : tout nouveau pouvoir  s'attache à bouleverser les contours d'un scrutin. 

De ce point de vue, Emmanuel Macron n'est pas spécialement novateur.

François Hollande, à l’Élysée, avait redessiné la carte des régions - entre autres pour sécuriser quelques bastions de gauche. Manuel Valls avait modifié le scrutin des élections départementales, en redécoupant les cantons. Il avait aussi imposé que les candidatures correspondent à un "binôme paritaire" : deux candidats, un homme et une femme. Il s'agissait tout autant de promouvoir la parité... que de mettre en difficulté la droite, en retard dans sa capacité à faire émerger des candidates. 

Peu après son arrivée à l’Élysée, Nicolas Sarkozy avait engagé le redécoupage des circonscriptions pour les législatives. Officiellement, il s'agissait de rééquilibrer le poids démographiques des "circos". Dans les faits, il fallait aussi faire de la place pour les députés des Français de l'étranger, nouvellement créés. Des élus majoritairement à droite.  

Redécoupage

D'ici la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron, un autre redécoupage est à venir. Il est lié à la réforme institutionnelle annoncée par le chef de l’État : 1/3 de parlementaires en moins. 

Concrètement ? L'Assemblée nationale accueillera environ 380 députés au lieu de 577. Cela signifie qu'il faut totalement repenser la carte électorale, pour dessiner ces 380 circonscriptions. 

Ce redécoupage inquiète les députés actuels : qui sera dans la charrette ? Qui verra sa terre d'élection englobée chez le député voisin ? La menace va planer tout au long du quinquennat. Et gare aux insolents... 

C'est aussi l'un des effets discrets de cette réforme : s'assurer de la docilité des députés de la majorité. Lesquels peuvent lorgner sur le destin -non pas d'une feuille morte- mais d'une feuille de papier : plier ou être (re)découpée.    

Frédéric Says

Chroniques

8H19
26 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Charlie Hebdo/Mediapart : les Français parlent (mal) aux Français ? (2ème partie)
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......