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A l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon appelle à une "médiation" de la France entre Madrid et la Catalogne, le 3 octobre 2017.

Catalogne : l'embarras des partis français

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Prudence et attentisme face à un dossier ambivalent.

A l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon appelle à une "médiation" de la France entre Madrid et la Catalogne, le 3 octobre 2017.
A l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon appelle à une "médiation" de la France entre Madrid et la Catalogne, le 3 octobre 2017. Crédits : Christophe Archambault - AFP

Comment se positionner dans cette affaire ? Et que dire publiquement ? Dilemme pour tous les responsables publics. A l’Élysée, Emmanuel Macron a décidé d'être le moins disert possible. Aucune déclaration orale depuis le référendum dimanche ; seul un communiqué de l’Élysée fait savoir que le président français "a un seul interlocuteur" : le premier ministre espagnol. Tout aussi économe de ses mots, Édouard Philippe, qui met en avant l'amitié avec l'Espagne, déplore des "images terribles", sans en dire beaucoup plus :

Je fais confiance à Madrid pour (...) renouer ce fil du dialogue sans lequel il ne peut y avoir de solution durable dans l'intérêt de l'unité et du développement de notre ami l'Espagne.

Prudence compréhensible. Personne ne sait comment ce conflit va tourner, et toute déclaration péremptoire peut vite devenir anachronique. Sans comparer le fond des deux dossiers, souvenez-vous de Michèle Alliot-Marie qui propose l'aide de la France au gouvernement tunisien face au printemps arabe...

Dans l'opposition, la parole est plus aisée. Pas de contrainte diplomatique, pas de dépêche d'agence de presse à la moindre phrase... Et pourtant, le positionnement n'est pas plus simple. Par exemple chez la France insoumise.

Pour FI, il est compliqué de se ranger du côté de la police, avec les violences que l'on a vues. Par ailleurs, organiser un référendum interdit, n'est-ce pas, précisément, être "insoumis" ? Mais de l'autre côté, la souveraineté budgétaire et fiscale réclamée par les indépendantistes ne revient-elle pas à un refus de payer pour les autres régions ? Ce qui serait bien loin de la doctrine "insoumise" des "partageux" (comme ils se surnomment eux-mêmes), qui se piquent de solidarité et de redistribution ?

Pas évident. Alors tout en déplorant les violences, Jean-Luc Mélenchon est resté très prudent :

"C'est notre devoir comme nation républicaine de tendre la main fraternellement à la nation espagnole et de proposer notre médiation"

Républicain, partisan de la nation et d'un État fort, Jean-Luc Mélenchon craint aussi que l'affaire catalane ne réveille les tentations séparatistes en France.

"Il ne saurait être question qu'une question de cette nature dégénère et vienne affecter la patrie républicaine des Français"

Étonnamment, la vision n'est pas si différente au parti Les Républicains. Face à ce référendum illégal, le "gouvernement espagnol a eu juridiquement raison, mais politiquement tort", écrit Philippe Juvin, porte-parole des LR. Cela dit la droite est divisée ; d'autres voix sont très critiques sur le régionalisme. Un régionalisme alimenté par l'UE, selon Thierry Mariani (lequel est souvent davantage tourné vers Moscou que vers Bruxelles) :

Conséquence : Laurent Wauquiez, probable futur chef de LR, s'est fait discret sur la question. D'ailleurs, quand on tape "Laurent Wauquiez Catalogne" sur Google, le premier résultat est un article où il s'en prend... aux députés "constructifs" qui ont soutiennent Emmanuel Macron, qualifiés de "traitres". Clin d’œil involontaire de l'algorithme : le futur patron des LR a déjà assez à faire avec ses propres autonomistes.

Et c'est la même discrétion qui prévaut au PS...

Le Parti socialiste dans un communiqué choisit le "ni-ni". Ni le "nationalisme du gouvernement catalan" "et sa marche forcée". Ni "le gouvernement central" et son "intransigeance totale".

Quand au Front national dans cette affaire, il renvoie tout le monde dos-à-dos. Le FN dénonce à la fois le "gouvernement européiste de Monsieur Rajoy", soutenu par "l’Europe technocratique de Bruxelles". La politique européenne étant "accusée de soutenir les revendications séparatistes". Mais les indépendantistes en prennent aussi pour leur grade : ils sont qualifiés de "sectaires, soutenus par l’"extrême-gauche catalane totalitaire et antidémocratique". Bref, allez tous vous faire voir, semble dire le FN, qui conclut, sans ironie, par un "appel au dialogue et à l'apaisement".

Voici donc cette équation insoluble, faite de multiples inconnues : respect de la souveraineté d'un état allié, défense de la légalité constitutionnelle, attention portée aux aspirations des citoyens... et méfiance envers les séparatismes.

Frédéric Says

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