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Le mémorial Charles-de-Gaulle à Colombey-les-deux-églises, lors des célébrations du 76ème anniversaire de l'appel du 18 juin.

Tous gaullistes !

3 min
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Les responsables politiques de tous bords se succèdent sur la tombe du général de Gaulle, en ce jour-anniversaire de sa mort. Mais de quel gaullisme parle-t-on ?

Le mémorial Charles-de-Gaulle à Colombey-les-deux-églises, lors des célébrations du 76ème anniversaire de l'appel du 18 juin.
Le mémorial Charles-de-Gaulle à Colombey-les-deux-églises, lors des célébrations du 76ème anniversaire de l'appel du 18 juin. Crédits : François Nascimbeni - AFP

Avis d'embouteillage aujourd'hui près de Colombey-les-deux-églises. Cette fois-ci, les forains n'y sont pour rien. Ce sont les poids lourds politiques qui défilent sur la tombe du général de Gaulle, en ce jour anniversaire de son décès, le 9 novembre 1970. 

Poids lourds... et moins lourds d'ailleurs. Le chassé-croisé est organisé : à 9 heures, arrivée de Bernard Accoyer, le patron des Républicains. À 9h30 c'est au tour de Laurent Wauquiez. Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan sont eux aussi prévus dans la matinée, mais - attention -, pas en même temps. Maël de Calan, jeune rival de Laurent Wauquiez, vient également s'incliner, tout comme Gilles Lebreton, qui représentera le FN. Sans oublier Anne Hidalgo, la maire de Paris.

La gigantesque Croix de Lorraine risque donc de ressembler au péage de Saint-Arnoult, les caméras et les attachés de presse en plus. L'image du grand Charles serait-elle outragée, brisée, martyrisée ? Elle est en tout cas surexploitée. 

Dans la vie politique française, le "point de Gaulle" est une sorte de "point Godwin" à l'envers. Il permet de clouer le bec à l'adversaire en convoquant les heures les plus lumineuses de notre Histoire. Sa figure tutélaire permet de justifier les moindres vicissitudes de la vie politique. Exemple, si Gérald Darmanin a quitté Les Républicains pour rejoindre En Marche, est-ce par opportunisme ? Vous n'y êtes pas, c'est bien sûr au nom de la geste gaulliste : 

"Je préfère toujours mon pays à mon parti. Je suis avant tout gaulliste. Le général de Gaulle disait : 'Ce n'est pas la droite la France, ce  n'est pas la gauche la France'" (RTL

Mais quelques mois plus tôt, Gérald Darmanin était encore chez LR. Il en appelait à... de Gaulle pour soutenir François Fillon :

Pendant la campagne présidentielle, la figure du général fut même convoquée à gauche et au centre. Jean-Luc Mélenchon se reconnaissait une parenté avec la "vision de De Gaulle et Mitterrand sur la diplomatie". Emmanuel Macron, lui, affirmait : "comme de Gaulle, je choisis les meilleurs à droite, les meilleurs à gauche, et même les meilleurs au centre". 

De Gaulle, oui, mais lequel ? 

En ces temps où la vie politique peine à générer des références communes, où chaque parti a tendance à se diviser en sous-groupes, et chaque sous-groupes en sous-courants... le mythe gaulliste rassemble, au moins dans les discours. Dans cette époque où plus aucune référence n'est sûre - on découvre même qu'il faut réviser son admiration à Michel Audiard - le général fait office de valeur-refuge, pour parler comme sur les marchés ("la politique à la corbeille", aurait-il dit). 

Pour trouver des limites à cette unanimité, il faut aller gratter dans les recoins de l'extrême-droite post-OAS (où il reste la figure du traître en Algérie). Et dans les anfractuosités de l'extrême-gauche (qui voit en lui un simili-dictateur).  

Au delà, les partis adorent de Gaulle, lui qui détestait les partis. Mais quel de Gaulle est célébré ? Est-ce celui du discours de Bayeux ? Celui de la chienlit ? Est-ce le militaire visionnaire ? Ou bien le recours d'une 4ème République chancelante ? Est-ce le de Gaulle de l'ORTF, quand le média du pouvoir se confondait avec le média tout court ? (tiens, cela semble donner des envies à certains dans la champ politique...).  

De tout cela, il ne reste finalement quelques bribes dans l'inconscient collectif. Pas un programme politique mais une stature et des valeurs : la résistance, l'insoumission, la République, la méfiance envers l'argent, le bon sens, l'indépendance. Chaque courant de pensée peut donc y piocher ce qu'il y cherche. Si l'on prend un peu de recul, peut-être que toutes ces bribes se résument par ceci : le sentiment nostalgique d'une certaine maîtrise de son destin, à l'heure où les doutes et les peurs enrayent régulièrement la machine démocratique. Il n'empêche : l'amour du général est un peu trop général pour n'être pas suspect. 

Frédéric Says

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