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Emmanuel Macron et Alain Juppé, le 16 juin 2016 à Villepinte.

Que révèle l'appel du pied d'Alain Juppé à Emmanuel Macron ?

3 min
À retrouver dans l'émission

L'ancien premier ministre a délivré un satisfecit au président sur sa vision européenne. Le début d'une recomposition politique ?

Emmanuel Macron et Alain Juppé, le 16 juin 2016 à Villepinte.
Emmanuel Macron et Alain Juppé, le 16 juin 2016 à Villepinte. Crédits : Patrick Kovarik - AFP

Alain Juppé est taiseux et plutôt économe en compliments. Dès lors, quand il parle et - en plus - pour dire du bien, forcément, on l'écoute. Il n'a fallu que quelques phrases du maire de Bordeaux pour focaliser l'attention médiatique du week-end. Alain Juppé veut la création d'un "grand mouvement central" dans l'optique des élections européennes en 2019.  « La question est de savoir qui en prendra le leadership, ajoute Juppé. Mais si Macron reste dans la ligne de son discours à la Sorbonne sur l'Europe, je ne vois pas d'incompatibilité".  Confidence faite au déjeuner avec la presse diplomatique ce vendredi et révélé par le journal Sud Ouest. Autrement dit, fini le mur de Berlin entre les macronistes et LR. Alain Juppé vient d'y mettre un bon coup de pioche, en délivrant ce rare satisfecit au chef de l'Etat.   

Certes, comme souvent, l'ancien premier ministre a fait mine ensuite d’atténuer son propos hier sur Twitter. Mais le démenti vaut presque confirmation : des listes communes aux européennes ? "On n'en est pas là", écrit Juppé. Autrement dit, c'est possible, mais il faut attendre... Comme aurait Raymond Barre : "quand le moment est venu, l'heure est arrivée".  Et ni l'un ni l'autre ne sont là pour l'instant.

Le macronisme, ce juppéisme sans Juppé 

L'ancien premier ministre met des mots sur une évidence, indicible il y a encore quelques mois.  Il n'y a pas de différence fondamentale, sur l'Europe, entre sa vision et celle d'Emmanuel Macron. C'est un fédéralisme assumé, un rejet de toute idée protectionniste, un refus, aussi, de mettre la faute sur Bruxelles. Une approche raisonnable que Juppé avait théorisé dans sa campagne avec cette formule : "couper les deux bouts de l'omelette" : allier les modérés des deux camps et se séparer des démagogues ou des extrêmistes. 

Allons plus loin : l'essentiel du programme d'Alain Juppé est compatible avec le macronisme. Sur l'Europe, mais aussi sur la politique économique : baisse des cotisations, réforme du droit du travail, réduction du nombre de fonctionnaires. Sur la question de la laïcité, enfin, les deux ont été brocardés pour leur vision décrite comme trop naïve, ou trop ouverte. Les "accommodements raisonnables" ont été reprochés à l'un, la négation de la culture française à l'autre. Le macronisme, c'est le juppéisme sans Juppé. Ou plutôt : Emmanuel Macron est un Juppé qui sait se vendre :  Il est droit dans ses bottes, mais il a l'intelligence de ne pas le dire. "La poigne de fer et le sourire de velours", comme le titre Le Monde. La migration d'une partie des juppéistes (Edouard Philippe, Gilles Boyer, Aurore Bergé) vers En Marche le confirme. 

La comparaison, Alain Juppé la fait lui-même, avec ce jeune président de 32 ans son cadet.  Une comparaison teintée d'une pointe de jalousie, dans un éclat de rire fin août : « Moi si j'avais dit 'je suis Jupiter, je m'en serais pris plein la gueule' » disait-il à la fin de l'été.   

Il n'empêche, tout orgueil mis de côté, le plaidoyer d'Alain Juppé pour un mouvement central pro-européen a quelque chose de la petite secousse sismique, qui annonce la tectonique des plaques à venir.   La date importante est le 10 décembre, jour de l'élection interne à droite.  Si Laurent Wauquiez l'emporte, et s'il campe sur un discours eurosceptique et protectionniste, les juppéistes pourront-ils rester chez LR ?

Le candidat à la présidence de LR a d'ailleurs réagi hier : interrogé sur France 3, il accuse Alain Juppé de commettre "une erreur" :

"Nous ne partageons pas la même vision de l'Europe qu'Emmanuel Macron. Il propose que l'Europe s'élargisse aux pays du Balkans (sic). Eh bien, je pense que c'est une profonde erreur".

Sur ce point, Laurent Wauquiez a raison : Emmanuel Macron a plaidé pour l'élargissement de  l'Union aux pays des Balkans, j'ai vérifié, c'était lors de son discours de la Sorbonne du 26 septembre dernier.   Le seul problème, c'est que le Monténégro, par exemple, a déjà le statut de pays-candidat... Un statut délivré par les Etats-membres en décembre 2010, au moment où le ministre français des Affaires européennes s'appelait... Laurent Wauquiez. 

Frédéric Says

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