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Emmanuel Macron, le 10 janvier 2018.

La majorité parlementaire face au risque de fragmentation

3 min
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Les députés LREM se réunissent aujourd'hui en "séminaire". Objectif : prévenir les divisions au sein du groupe parlementaire, avant l'examen de plusieurs textes délicats.

Emmanuel Macron, le 10 janvier 2018.
Emmanuel Macron, le 10 janvier 2018. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Jusqu'ici la majorité En Marche à l'Assemblée, c'était un grand orchestre. 310 députés menés à la baguette par le président de groupe Richard Ferrand, et quasiment aucune fausse note. Une grande symphonie interprétée "allegro" d'après la partition originale d'Emmanuel Macron. Une harmonie si parfaite au sein d'un collectif aussi nombreux, c'était pour ainsi dire du jamais vu sous la Vème république. Mais depuis quelques temps, des solistes tentent de faire entendre leur propre couplet. C'est ainsi que la député de la Manche, Sonia Krimi, a interpellé le ministre de l'Intérieur sur un ton qu'on entend davantage sur les bancs de l'opposition :  

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La députée LREM de la Manche Sonia Krimi interpelle Gérard Collomb

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb ne s'en est pas formalisé ; il a tout de même depuis revu sa stratégie et reçoit à tour de bras les députés au ministère, autant pour les écouter que pour leur donner l'impression d'être entendus. 

Pendant ce temps, un groupe informel s'est créé au sein des députés En Marche. Un groupe qu'on pourrait appeler "les macronistes de gauche". Il rassemble des députés anciens membres du Parti socialiste, élus avec l'étiquette En Marche, qui veulent désormais muscler la conscience sociale du gouvernement. Est-ce une habitude atavique du PS, ce goût pour les courants et les sous-courants ? On ne sait pas... "En tout cas ce n'est pas un groupe de frondeurs", s'est défendue Brigitte Bourguignon, la députée LREM qui a fondé ce collectif d'une trentaine de membres. Elle préfère reprendre l'éternelle métaphore du gouvernement qui doit marcher sur ses deux jambes, l'économie et le social. Manière de suggérer que la seconde est quelque peu anémiée.  Après tout, Emmanuel Macron n'avait-il pas reconnu, devant quelques journalistes à l'issue de ses vœux à la presse, qu'il s'était senti parfois "boiteux" politiquement ?  

La multiplication de ces sous-groupes au sein de la République en Marche peut constituer une difficulté pour le parti... 

Oui car même si ce fractionnement exprime la diversité au sein du mouvement, il va aussi à rebours de la promesse de base du macronisme. Il prétendait accueillir des idées de gauche et de droite, mêlées sous l'appellation dépolitisée de "ce qui marche".  Il prétendait accueillir des femmes et des hommes de gauche et de droite, à qui l'on demandait de rompre avec leurs anciennes appartenances ("l'ancien monde"), rassemblés dans la cohorte de "ceux qui marchent". En Marche voulait faire disparaître le clivage gauche-droite de la vie politique française ; le mouvement est en passe de recréer ce clivage en son sein. 

Comme François Hollande, Emmanuel Macron aura-t-il ses frondeurs ? Pour l'instant on en est loin, tant les députés sont attachés à la réussite du chef de l’État, auquel ils doivent souvent tout. Le député LREM du Rhône Bruno Bonnel compare les parlementaires macronistes à des "billes aimantées" au président. Mais les sujets de dissensions ne manqueront pas ces prochains mois : la loi sur l'immigration bien sûr, la loi sur les entreprises, réforme de l'assurance-chômage et de la formation professionnelle. Sans oublier les lois bioéthiques, à la fin de l'année. 

Un séminaire est d'ailleurs organisé aujourd'hui pour tous les députés de la République en marche. Précisément pour préserver la cohésion du groupe. Le mouvement En Marche fut bâti comme une cathédrale autour d'un leader charismatique ; il veut maintenant éviter la multiplication des chapelles.

Frédéric Says

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