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Emmanuel Macron juste avant le début, en tant que Président, de sa première interview télévisée sur TF1 et LCI le dimanche 15 octobre 2017

Macron pas tendre avec son "prédécesseur" Hollande

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Emmanuel Macron n'a pas été très bon camarade avec son "prédécesseur" François Hollande, qu'il a, à plusieurs reprises, critiqué : du "trou budgétaire" de 2017 à la "présidence bavarde". Mais l'actuel locataire de l'Elysée ne commet-il pas les mêmes erreurs ? Billet politique signé Ludovic Piedtenu

Emmanuel Macron juste avant le début, en tant que Président, de sa première interview télévisée sur TF1 et LCI le dimanche 15 octobre 2017
Emmanuel Macron juste avant le début, en tant que Président, de sa première interview télévisée sur TF1 et LCI le dimanche 15 octobre 2017 Crédits : PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP - AFP

Emmanuel Macron a voulu rompre avec la "présidence bavarde". Il l'a dit dès le début de cette interview visant directement son prédécesseur, François Hollande. Rompre avec la "présidence bavarde", avouez que c'est un peu étrange de dire çà sur la première chaîne de télévision à la plus grande heure d'écoute, 20h un dimanche soir d'octobre, en ayant accordé ces derniers jours un entretien à France 24, une interview à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, un entretien à la chaine américaine CNN, une interview-fleuve au magazine Le Point il y a un mois et demi. Bref, en ayant quasiment saturé l'espace médiatique depuis la rentrée. En ayant choisi lui-même de rompre avec la parole rare des premières semaines pour en faire - ça ne durera peut-être qu'un temps, on verra bien - une présidence bavarde, lui aussi. Et donc de se contredire. Nul n'est parfait.

Et puis en abordant le thème de la lutte contre le chômage, Emmanuel Macron a pris des risques qu'il pourrait un jour regretter.

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Macron sur TF1 fixe un cap d'un an et demi ou deux ans pour "la plénitude de ses réformes"

Un an et demi, deux ans. Que n'a-t-il dit pas là ?

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Macron sur TF1 critique François Hollande

"C'est un de mes désaccords..."

Macron prend bien soin de préciser au passage qu'il y en a plusieurs avec son "prédécesseur". Deux éléments de réflexion. D'abord là encore, il se contredit. Il ne veut pas que son action soit résumée à un indicateur, il critique François Hollande pour l'avoir fait. Mais il s'y engage à son tour. Il fixe une borne, un délai.

Deuxième élément, il oublie aussi de dire que si le taux de chômage amorce une baisse, si la croissance repart un peu, c'est bien le fruit du travail de son "prédécesseur" et de lui aussi, de sa politique comme conseiller du Président Hollande dès le début du mandat, comme ensuite initiateur du tournant économique de 2014 avec la politique de l'offre puis comme Ministre de l'économie et des finances jusqu'en août 2016.

Ironie de l'histoire : la promesse d'inverser la courbe du chômage "d'ici un an" avait été faite par François Hollande lors de sa première interview télévisée - comme Emmanuel Macron - sur le plateau de TF1 - Hollande s'était déplacé - mais c'était bien sur la même chaîne et en comparant les mandats, à peu près au même moment, le 9 septembre 2012. La seule nuance, c'est qu'Emmanuel Macron s'est laissé 6 mois ou un an de plus.

C'est une constante, nos Présidents ne peuvent s'empêcher de critiquer l'action du locataire précédent

On pourrait se dire, quoi de plus normal, dans un pays habitué à l'alternance politique. Comme il me plaît de remplacer toute cette semaine Frédéric Says pour son billet politique. Quoi de plus normal dans un pays qui alterne la droite et la gauche que le président de droite critique son prédécesseur de gauche et que le président de gauche critique son prédécesseur de droite. Avec Emmanuel Macron, c'est davantage une continuité, même s'il la réfute. Il poursuit le travail de libéralisation du marché du travail, il poursuit cette politique de l'offre, cette théorie économique libérale de l'offre développée dans la seconde moitié du mandat de François Hollande.

Pour Nicolas Sarkozy, même chose, en 2007, la droite succède à la droite. Il invoque vous vous souvenez la "rupture", on parle de lui comme "l'omniprésident" ou "l'hyperprésident". Et dès le début de son mandat, comme Emmanuel Macron le fait depuis le mois de mai, il ne peut s'empêcher de se démarquer en tapant sur son prédécesseur, Jacques Chirac.

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Sarkozy critique le "roi fainéant" Jacques Chirac en 2009

Voilà vous n'êtes pas sur Rire et Chansons mais bien France Culture. Il est amusant, au passage, de constater que ce mot de "fainéant" est redevenu à la mode 10 ans plus tard. Ce qui donne à l'issue de ce raisonnement un Emmanuel Macron - et il n'est pas certain que ce soit très flatteur et très porteur dans l'opinion - un Sarkozy bis (ajoutez à cela l'image de Président des riches) et le fils caché - on le savait - le Brutus de François Hollande.

Passons sur le fait qu'il s'est engagé hier à améliorer la participation des salariés aux résultats de leur entreprise. Promesse faite par François Hollande là aussi en tout début de mandat. Promesse à peine tenue. C'est même la loi Macron qui va chercher à aller un peu dans ce sens, sans aller vraiment jusqu'au bout des choses.

Un ancien conseiller de l'Elysée (sous François Hollande) Romain Pigenel, écrivait hier soir sur Twitter :

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Et taper sur son prédécesseur en est un autre de rituel : mais c'est une erreur !

Macron s'attribue les Jeux Olympiques et une Française Audrey Azoulay à la tête de l'UNESCO comme preuve du retour de la France depuis son élection en oubliant de mentionner François Hollande. Il semble s'inclure lui aussi dans les "premiers de cordée" cette expression qu'il a sorti hier et qui restera comme un sparadrap. Il est en tout cas bien au-dessus, tout là-haut, la "clé de voûte" comme il se définissait dans cette longue interview accordée au Point fin août.

Pour conclure définitivement, j'ai lu ce matin des revues spécialisées en management (ou encore ici):

"Erreur numéro 1 : critiquer son prédécesseur. Quand vous prenez un poste à dimension managériale, il arrive toujours un moment où les manquements de votre prédécesseur vous sautent aux yeux. C’est normal : nous voyons plus facilement ce qui cloche, plutôt que le travail accompli. Alors allez-y, imprimez votre marque. Mais surtout – surtout – ne critiquez pas votre prédécesseur et n’en faites pas la cause de tous vos ennuis."

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Intervenants
  • Journaliste, correspondant permanent de Radio France en Allemagne, ancien chef du service politique de France Culture
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