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Emmanuel Macron au Palais de l'Elysée, le 12 décembre 2017.

Emmanuel Macron et Laurent Delahousse : l'interview en marche

3 min
À retrouver dans l'émission

Innovante sur la forme, l'interview d'Emmanuel Macron s'est révélée compassée sur le fond.

Emmanuel Macron au Palais de l'Elysée, le 12 décembre 2017.
Emmanuel Macron au Palais de l'Elysée, le 12 décembre 2017. Crédits : Francois Pauletto / Citizenside - AFP

C'est en déambulant que Laurent Delahousse a interviewé hier le président de la République ; un entretien "en marche", sans doute pour faire plaisir au locataire de l'Elysée. Sur la forme ? Une innovation habile, une rupture des conventions télévisuelles qui peut-être comparée à l'interview d'Yves Mourousi, une demi-fesse sur la table face à François Mitterrand. 

Pour autant, l'innovation s'est arrêtée là. Le ton compassé qui prévaut dans la plupart des grands entretiens présidentiels n'a pas disparu. Si Emmanuel Macron attendait un échange combattif, il a été renseigné dès les premières questions : [extrait sonore]

"- Ce n'est pas une légende, finalement, vous dormez très peu ?    
- Je dors peu, mais j'ai toujours peu dormi, donc ça me coûte très peu." 

Évidemment, devant une telle question, Emmanuel Macron a le jeu facile et déroule une réponse empreinte de modestie. Mais cette modestie est mise à rude épreuve. Car Laurent Delahousse ne lâche rien : 

"[sur l'écologie et le "One planet Summit"]... donc, vous avez provoqué une révolution finalement ?"

Une révolution, rien de moins. On imagine Emmanuel Macron qui avait passé plusieurs heures avec ses conseillers à essayer d'anticiper les questionnements les plus abrasifs, les interrogations les plus corrosives, les interpellations les plus brutales. Et qui finalement, s'entend dire ceci : 

Emmanuel Macron : "[Il faut] retrouver ce qui est le destin français...    
- C'est votre héroïsme politique qui revient, là...    
- Oui, et je l'assume totalement." 

Mais Emmanuel Macron tient bon, il ne se laisse pas griser, il continue de jouer profil bas... Quand soudain, sans crier gare, l'intervieweur revient à la charge avec le mot "révolution". 

"Vous avez parlé de révolution, là, on est bien dedans.  
- Là on est dans une révolution, oui... profonde."

Ouf, le mot est enfin lâché. Mission accomplie pour l'intervieweur, tenace, qui a fini par obtenir sa réponse de haute lutte : oui, c'est bien une "révolution".

Promenade

Il est vrai que le format de l'émission a aussi permis des développements intéressants, notamment sur l'énergie atomique. Le chef de l’État a détaillé en quoi le nucléaire était une énergie décarbonée, donc un antidote au réchauffement climatique. De même, le chef de l’État a-t-il eu l'occasion de préciser sa stratégie quant au dossier syrien.

Mais l'entretien ayant été enregistré mardi dernier, le téléspectateur n'aura rien su de la pensée d'Emmanuel Macron sur d'autres dossiers d'actualité : la présence de l'extrême-droite au gouvernement autrichien, les premières pistes de la loi sur l'immigration publiées hier dans le Journal du dimanche. Pas de relance, non plus, sur la promesse présidentielle de loger tous les sans-abris avant la fin de l'année.  

Heureusement, à la fin de la séquence - qu'on pourrait intituler "la promenade du chef de l'Etat" (dans les deux sens du terme), l'intervieweur a gardé sa botte secrète, sa question la plus incisive, la plus déstabilisante : 

"Monsieur le président, on arrive en fin d'année, ça fait sept mois que vous êtes président de la République, il y a ce sapin qui est là [dans la cour de l’Élysée], c'est une période particulière pour les Français, vous leur dites quoi ? vous leur dites 'n'ayez pas peur de toutes ces révolutions que je vous propose' ?" 

Une question qui vaudra ce commentaire ironique sur Twitter d'un journaliste de la prestigieuse agence anglo-saxonne Reuters, Michel Rose : "La question sur le sapin fut l'une des questions les plus percutantes. Le journalisme déférent français à son pire".   

On a beaucoup critiqué le journalisme assis, bienséant, étriqué dans son fauteuil face au président - quand ce n'est pas tout bonnement couché et complaisant. Voici le journalisme debout ; est-il plus libre ? Être debout n'empêche pas d'être au garde à vous.

Frédéric Says 

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