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Christophe Castaner, lors du congrès de LREM, le 18 novembre 2017.

La politique à main levée

3 min
À retrouver dans l'émission

Le congrès de la République en marche (LREM), ce week-end, n'a pas brillé par son aspect démocratique. A quoi sert une formation politique dans le "nouveau monde" ?

Christophe Castaner, lors du congrès de LREM, le 18 novembre 2017.
Christophe Castaner, lors du congrès de LREM, le 18 novembre 2017. Crédits : Nicolas Liponne - AFP

Commençons par une fiction. Imaginons que Jean-Luc Mélenchon ait été élu en mai dernier. Après six mois de pouvoir, le président Mélenchon décide de mettre un peu d'ordre dans son parti, la France insoumise. Il convoque ses proches à un dîner secret à l’Élysée : sont présents Eric Coquerel, Danielle Simonnet et Alexis Corbière. Ce dernier est choisi par Jean-Luc Mélenchon pour prendre la tête du parti (pardon, du mouvement). Au congrès de la France insoumise, Alexis Corbière est donc élu... ou plutôt désigné à main levée. Il n'y a d'ailleurs aucun candidat contre lui. Son équipe, les vingt dirigeants qui formeront la direction du mouvement, est elle aussi élue à main levée, tandis que les journalistes sont tenus à l'écart. Dans la presse, les commentateurs ironiques se déchaînent contre "l'autocrate Mélenchon". Un journal de droite titre sur les "tentations dictatoriales" du président de la République. "Pas étonnant quant on connaît ses accointances chavistes", complète un éditorialiste à la télévision. Uchronie ? Eh bien tout cela s'est passé ce week-end. Remplacez juste Jean-Luc Mélenchon par Emmanuel Macron, Alexis Corbière par Christophe Castaner, et les commentaires sur le chavisme par... par grand-chose. 

Certes, il a été relevé ici ou là que ce congrès de la République en Marche n'était pas un paroxysme de la démocratie. Mais ce fut souvent occulté, relégué derrière les commentaires sur la tendre faconde de Christophe Castaner : 

"Je suis cet homme de Haute-Provence, qui aime le thym qui pousse sur la montagne de Lure. Parce que c'est dur de pousser entre la caillasse et la sécheresse."

Alors bien sûr, LREM a voulu ne surtout pas imiter les partis de "l'ancien monde". Il fallait à tout prix éviter ces congrès où les divisions s'étalent au grand jour, où la concurrence tourne à l'invective, où la lutte des places tient lieu de matrice idéologique. 

Pourtant, à ses débuts, la République en Marche avait surpris par sa démarche collective. A peine créée, cette formation avait entrepris une grande tournée des halls d'immeubles pour interroger les Français. L'histoire était celle d'un vaste programme participatif, fondé sur les préoccupations et les solutions collectées. Un grand exercice d'intelligence collective. Mais tout cela paraît bien loin. Le côté soviétique du double vote à main levée semble donner raison à la centaine de militants qui dénonçaient un déni de démocratie.  Comme souvent, il est utile de lire la presse étrangère, qui décrit les choses sans fioritures. "Castaner confirmé comme directeur du parti de Macron", voilà le résumé choisi ce week-end par le Financial Times. Tout est dit. 

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Au-delà, ce week-end de congrès est intéressant en ce qu'il dit des partis politiques nouvelle manière. A quoi servent-ils ? 

Pas vraiment à désigner leur patron, il est choisi d'en haut. Pas non plus à trancher la ligne idéologique, celle-ci procède du chef. Non, le "mouvement" est en fait un gigantesque réseau social. Un groupement affinitaire, à mi-chemin entre l'association et le club. Il faut lire l'enquête de l'Obs cette semaine sur les militants En Marche. Ils centrent leur action sur l'aide concrète, par exemple aux personnes âgées qui ne savent pas se servir d'un ordinateur. C'est d'ailleurs le point commun avec la France insoumise. 

Jean-Luc Mélenchon, dans le journal Le 1, ne dit pas autre chose. "On ne peut plus aujourd'hui se contenter de mettre une pile de prospectus sur une table et d'attendre le chaland". Mélenchon explique que son mouvement a vocation à aider les habitants à s'inscrire sur les listes électorales, à remplir les papiers administratifs, etc. Le mouvement politique comme réceptacle des "BA", les bonnes actions. Bientôt si vous avez besoin de bras pour déménager, ou d'une remorque pour rapporter votre canapé de votre beau-frère, vous pourrez demander à la France insoumise ou à En Marche.  

Dans l'individualisme généralisé, le mouvement offre non pas une voix, mais une famille. Cela rappelle le compagnonnage du RPR ou l'ancrage social du Parti communiste. Il faudra voir, à l'approche de nouvelles échéances électorales, si cette mue résiste aux ambitions et aux divisions.  

Frédéric Says

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