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Les trois candidats à la présidence de LR n'ont pas trouvé d'accord pour organiser un débat.

A droite, un débat sur le débat

3 min
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Faut-il organiser des échanges entre les candidats à la présidence de LR ? Pas simple...

Les trois candidats à la présidence de LR n'ont pas trouvé d'accord pour organiser un débat.
Les trois candidats à la présidence de LR n'ont pas trouvé d'accord pour organiser un débat. Crédits : Joël Saget, Loïc Venance, Fred Tanneau - AFP

Laurent Wauquiez, le favori de cette élection interne, refuse d'affronter ses compétiteurs face aux caméras :  "Tous les débats ne se passent pas nécessairement sur un plateau de télé, devant des journalistes. Je ne veux pas d'un débat qui divise, parce que ma famille est en état de grande fragilité".

Les deux autres prétendants, Maël de Calan et Florence Portelli, crient au "déni de démocratie". Ils ont proposé plusieurs formules à Laurent Wauquiez : devant les militants, devant la presse, mais rien n'y fait. Le favori pose des conditions toujours plus restrictives et joue la montre jusqu'à l'élection. Au point que Maël de Calan ironise : à ce rythme, le débat aura lieu "en forêt, le 24 décembre à 2 heures du matin". 

Les proches de Laurent Wauquiez assument : "Il ne faut pas de débats, tranche Eric Woerth sur Radio Classique. J'y suis absolument opposé. La droite ne va pas, encore une fois, créer une séquence où on met en valeur ce qui nous sépare".

Argument curieux, car les mêmes Eric Woerth et Laurent Wauquiez, en 2012, soutenaient une proposition de Nicolas Sarkozy : l'organisation de 3 débats d'entre-deux tours contre François Hollande. Le candidat de la droite tonnait : "Tout doit être débattu sans esquive, sans faux-fuyant, les Français ont le droit à la vérité et à la clarté. Nul ne pourra se dérober". A l'époque, il était donc urgent de débattre, il est maintenant urgent de s'abstenir. On voit mal en quoi ce qui était bon hier pour la France serait mauvais aujourd'hui pour le parti.  

Un sacre, sans égratignures

Comment expliquer cette réticence de Laurent Wauquiez ? Rien à voir avec la crainte de la joute : le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a déjà prouvé qu'il était un débatteur redoutable. Tour à tour chaleureux, cassant, au besoin démagogue ou très technique sur le fond des dossiers. 

Mais dans cette élection, le 10 décembre, il ne veut pas une victoire, il veut un sacre. Un sacre sans conteste, sans égratignure, sans quolibet. Mais là n'est pas la seule explication. 

L'exercice du débat est devenu une prise de risque. Il est perçu non pas comme l'expression d'une pluralité mais comme un stigmate de la division. La caisse de résonance des réseaux sociaux a participé à ce phénomène. En amplifiant les petites phrases assassines, reprises, isolées, partagées instantanément, elle accentue le côté combat de coqs.

Ajoutons une autre évolution : la crise de légitimité des partis traditionnels, délaissés au profit de nouveaux "mouvements". Des mouvements fondés par et pour un individu (En Marche, la France insoumise) où il n'existe pas de débat de leadership, pas d'affrontements internes, pas de dissensions publiques. Par comparaison, les partis traditionnels ont donc encore moins intérêt à exposer leurs querelles de chapelles. 

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si de plus en plus de personnalités politiques délaissent les partis pour créer leur propre mouvement individuel : Valérie Pécresse a fondé Libres !, en dehors de LR. Florian Philippot a conçu Les Patriotes, face au FN. Benoît Hamon a monté le Mouvement du 1er juillet après avoir quitté le PS. 

Il en résulte une démocratie du « chacun dans sa ligne ». Où les candidats s'égosillent uniquement face à leur public, sans sortir de leur bulle ; où les arguments ne s'échangent que par médias interposés ; où les idées ne se confrontent qu'à distance. Une superposition de discours, qui est au débat démocratique ce que l'addition de monologues est au dialogue. 

Frédéric Says

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