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Manifestation contre les ordonnances sur le travail à Toulouse, le 10 octobre 2017.

Le péril jeune

3 min
À retrouver dans l'émission

Les étudiants font l'objet d'une âpre bataille entre le gouvernement et la France insoumise. Le premier veut prévenir tout mouvement social, la seconde veut l'encourager.

Manifestation contre les ordonnances sur le travail à Toulouse, le 10 octobre 2017.
Manifestation contre les ordonnances sur le travail à Toulouse, le 10 octobre 2017. Crédits : Alain Pitton / NurPhoto - AFP

Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ont un point commun : ils surveillent de très près la jeunesse de France. Evidemment pas avec les mêmes intentions.

Le patron de la France insoumise guette, attend, espère le réveil des étudiants, la constitution de cortèges, les manifestations massives.

C'est la seule manière désormais de contrer les ordonnances sur le code du Travail. Il l'a dit à Sophie Delpont au micro de France Culture :

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Gérer mes choix

A l'inverse, Emmanuel Macron veut absolument contenir la colère étudiante. Le plan gouvernemental présenté aujourd'hui n'est pas étranger à cet objectif. Ainsi, la question de la sélection, hautement inflammable, est habilement contournée. Les lycéens ne seront pas contraints de renoncer à leur choix d'affectation (même s'ils se verront fortement incités à anticiper leur parcours. Et au besoin à suivre des "remises à niveau"). Par ailleurs, ce plan gouvernemental compte plusieurs mesures en faveur du pouvoir d'achat et du logement des étudiants. Il s'agit, sinon de les cajoler, du moins de ne pas les braquer.

Le président le plus jeune de la Vème république sait bien que nombre de ses prédécesseurs ont ployé sous les cortèges estudiantins. Les grandes artères de chaque ville ont vu la jeunesse, à toutes les époques, défiler avec des slogans intemporels, "t'es foutu, la jeunesse est dans la rue". El Khomri, Darcos ou Sarkozy, seul le nom change :

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Slogan : "t'es foutu, la jeunesse est dans la rue"

Emmanuel Macron n'a pas envie d'ajouter son nom à la liste. Depuis la mort de Malik Oussekine, tous les présidents craignent d'ailleurs l'embrasement, la faute politique, l'événement grave. Et la capitulation en rase campagne.

Mai 68

Pourtant, il faut constater que la "rue étudiante" est désormais moins puissante. Depuis le CPE en 2006, les manifestations de jeunesse n'ont plus fait plier le pouvoir. Les différentes réformes des retraites sont passées, tout comme la loi El Khomri. Comme s'il y avait une certaine apathie.

Il est vrai que l'engagement citoyen (dans le monde étudiant comme ailleurs) se trouve peu à peu étouffé par la résignation, le désintérêt ou la dépolitisation.

Il est vrai, aussi, que le dernier grand mouvement de lycéens, en 2005, avait subi un coup d'arrêt avec la présence de casseurs et de délinquants, qui agressaient les jeunes manifestants eux-mêmes. Il y a plus motivant.

Il est vrai, enfin, que le syndicalisme étudiant voit son leadership bouleversé : l'UNEF s'est fait dévancer par la Fage lors des dernières élections.

Cela dit, ce n'est pas parce que le fleuve est à sec qu'il ne peut se trouver en crue demain.

D'où la prudence et la circonspection du gouvernement, qui cherche à donner assez de gages pour éviter un appel unitaire à la mobilisation. "Je vous ai compris", semble dire l'exécutif.

Peut être faut-il lire ainsi cette décision d'Emmanuel Macron, qui a fait grand bruit : organiser une commémoration des 50 ans de mai 68. Il est certes le premier président qui n'était pas né à l'époque ; mais le geste se veut celui de l'empathie, de l'ouverture... bien loin des déclarations cassantes sur "ceux qui foutent le bordel". La contestation étudiante, c'est bien, mais c'est encore mieux quand elle appartient au passé.

Frédéric Says

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