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Twitter va-t-il tuer des carrières politiques ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Avant de promouvoir un jeune talent, les partis vont devoir prêter autant d'attention à son CV qu'à l'historique de ses tweets.

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- Crédits : Jaap Arriens - NurPhoto - AFP

Ce matin, éloignez les oreilles des enfants, si vous êtes en voiture ou à la fin du petit-déjeuner. J'ai tourné sept fois ma plume dans mon encrier, mais impossible de faire autrement : dans cette chronique, quelques mots pas très jolis vont être prononcés. (cela dit, peut-être que les enfants entendent bien pire dans la cour de récré, mais c'est une autre histoire). 

Ainsi donc ce week-end, l'un des nouveaux porte-parole de la République en marche a été épinglé pour d'anciens tweets contenant des insultes. Rayan Nezzar - c'est son nom - était à peine nommé pour représenter le parti macroniste, que des journalistes exhumaient certains de ses tweets vieux de 5 ou 6 ans. On y lit des qualificatifs injurieux pour plusieurs responsables politiques. Jean-François Copé est qualifié de "petite pute". Le même mot est employé pour Marine Le Pen. Valérie Pécresse, pour sa part, est destinataire du substantif « poufiasse ». Quand à Alain Juppé, il se voit désigné par l'adjectif de « fiotte ». En tout, une douzaine de tweets qui datent d'entre 2012 et 2013 ont été relevés, principalement par le site Buzzfeed.  Bien sûr, au niveau lexical, on est assez loin de la "bienveillance", de la "courtoisie" prônée par Emmanuel Macron. 

"La courtoisie, je vous assure, ça aide à vivre mieux !" Emmanuel Macron répond aux piques des députés de l'opposition, le 17 février 2015. 

Depuis cet article, le jeune porte-parole Rayan Nezzar, énarque et spécialiste d'économie, a supprimé les tweets incriminés - et de nombreux autres. Il a tout de suite fait amende honorable, toujours sur Twitter, où il écrit ceci : 

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Sans surprise, le Front national a réagi, dénonçant la "vulgarité" de Rayan Nezzar. Dans cette lignée, d'autres utilisateurs de Twitter ont tenté un parallèle avec l'affaire Mehdi Meklat, ancien du Bondy blog et de France inter, dont d'anciens tweets étaient remontés à la surface. Il n'y a pourtant pas grand-chose de commun dans ces deux affaires. Les vieux messages du nouveau porte-parole macroniste sont certes grossiers, insultants, mais ne charrient jamais, pour autant qu'on sache, un soupçon d'antisémitisme, de racisme ou d'homophobie. Las, quand la machine à polémique 2.0 est lancée, la comparaison devient raison. Et la nuance, la mesure et l'honnêteté intellectuelle se font petites, le climat n'étant pas prompt à leur épanouissement. 

Que retirer de cet épisode ? D'abord, ironiquement, il nous dit quelque chose de la recomposition politique de cette dernière année. Car dans la liste des politiques insultés, outre Alain Juppé et Marine Le Pen, on trouve des personnalités qui sont désormais dans le même parti que le porte-parole d'En Marche. C'est le cas par exemple de Manuel Valls (qualifié de "zéro couilles") ou de Bruno Le Maire, l'actuel ministre de l’Économie ("guignol sans aucune cohérence").  

Mais surtout, cet épisode nous apprend qu'un parti qui promeut un jeune talent devra bientôt porter moins d'attention à son CV qu'à l'historique de ses tweets. 

Certes, si une insulte lâchée trop vite empêchait de faire carrière en politique, cela se saurait. Exemple avec Patrick Devedjian. En 2007, alors secrétaire général de l'UMP, il qualifie une adversaire politique de "salope". (à 28'20")

Où l'on voit que les mots "classe politique" ne vont pas toujours ensemble... 

Cela dit, le cas de Rayan Nezzar est intéressant pour une raison plus large : le jeune homme a lui-même fourni les ingrédients de la polémique sur un réseau social public. Il était arrivé une mésaventure similaire, sous François Hollande, au responsable communication de l’Élysée. Gaspard Gantzer avait été épinglé pour de vieilles photos qui trainaient sur son profil facebook (ouvert à tous). Des clichés de son époque estudiantine, où il apparaissait avec une drôle de cigarette, disons, de forme conique.

Et voilà donc l'évolution qui nous attend. Désormais, les nouveaux entrants en politique ont grandi avec les réseaux sociaux. Ils sont donc déjà à la tête d'un riche patrimoine numérique, constitué au fil des années, où se mêlent les coups de gueules, les photos peu flatteuses, les fréquentations du passé, etc. 

Un patrimoine numérique qui peut ressortir à tout moment. Imaginons dès lors les futures élections : le tournant de la campagne ne sera peut-être plus uniquement l'enquête du Canard enchaîné sur l'emploi fictif d'une épouse de candidat.... mais aussi le selfie du candidat, époque adolescent, en train de consommer de la drogue. Ou bien de militer dans un parti extrémiste. De se livrer à des violences. Ou de tenir des propos contraires à la loi, et on en passe... Le plus fort, c'est que le candidat aura fourni lui-même ces données aux réseaux sociaux. Une sorte d'auto-compilation, dans lequel les journalistes et les adversaires politiques n'auront qu'à se servir. Et inutile de tout effacer, internet garde évidemment la mémoire de tout ce qui a été rendu public. Pour les aspirants aux élections, il ne restera rien à faire d'autre que d'actualiser les vieux adages... et de remuer sept fois son pouce dans sa poche avant de tweeter.

Frédéric Says

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