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Faut-il plus de "poids lourds" au gouvernement ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Les critiques sur le manque d'envergure politique des ministres se multiplient.

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- Crédits : Fernando Lavoz - AFP

En politique comme ailleurs, il est des petites musiques qui reviennent à intervalles réguliers. Des refrains entonnés ça et là, avant d'être passés de mode ou de saison. Parmi ces petites musiques, en ce moment, la question des "poids lourds" au gouvernement. Il ne s'agit pas de négociations avec les syndicats de camionneurs, mais de renforcer l'exécutif. "Emmanuel Macron est-il assez bien entouré ?" s'interroge en substance Le Monde daté d'aujourd'hui. Selon plusieurs membres de l'entourage présidentiel cités par le quotidien, le chef de l’État manquerait de poids lourds politiques, de briscards au cuir tanné capables de mener l'offensive dans les médias. Par exemple face à la mobilisation, ce jour, des fonctionnaires.

« Gouvernement de combat »

Pourtant, le refrain n'est pas nouveau. Chaque exécutif, confronté à sa propre usure, a tenté de se revigorer en faisant appel aux fameux "poids lourds". Exemple le plus récent : François Hollande, malmené dans les sondages, affaibli auprès de sa propre majorité, quitté par ses alliés écolos, a tenté de jouer cette carte. Ce qu'il appelait en 2014, un "gouvernement de combat".

Déboussolé par la crise, balloté par des élections locales en demi-teinte, Nicolas Sarkozy n'avait pas fait autre chose. Exit l'"ouverture" prônée en 2007, en 2010 place à Alain Juppé à la Défense, Xavier Bertrand au Travail, Michèle Alliot-Marie aux Affaires étrangères.

Une évolution classique. En début de mandat, dans l'euphorie de la victoire, les candidats promettent le "nouveau monde", le "changement", la "rupture", bref : surtout pas comme avant. Alors on ouvre les portes et les fenêtres à la fameuse "société civile", aux visages moins connus, aux parcours moins classiques. Et puis à la première bourrasque politique, ces ministres venus d'ailleurs sont priés d'y retourner. Plus ou moins poliment. Le charme de la nouveauté passe vite.

Ces retournements s'expliquent aussi par un grand écart. D'un côté, l'attrait pour les "non-professionnels" de la politique. De l'autre, l'exigence toujours plus grande de l'exécutif envers eux. Le ministre doit être capable de s'exprimer dans les médias, si possible sur tous les sujets, cela sans commettre de bourde. Il ou elle doit être autant à l'aise avec un sujet technique le matin que face aux interpellations caricaturales dans le chaudron des questions au gouvernement l'après-midi. Tout cela en gardant le sourire et en disant du bien de tout le monde, en tout cas quand les micros sont ouverts. Pas simple pour les nouveaux venus.

Là est la contradiction inhérente à la "société civile" : on vous fait venir pour votre originalité et on vous fait partir parce que vous l'avez exprimée. Là encore ce n'est pas neuf. Sous Giscard, Jean-Jacques Servan-Schreiber puis Françoise Giroud avait quitté le gouvernement, lassés des contraintes. Cette dernière en avait tiré un livre :

Paratonnerres

Le gouvernement actuel a une difficulté : impossible de diffuser la "bonne parole" partout. Face à la dizaine de chaines de télévisions, la quinzaine de radios, plus toute la presse écrite et web qui reçoivent des invités politiques, il ne compte pas beaucoup de ministres "généralistes" à l'aise devant un micro. Le parti En Marche n'est guère plus audible du fait de sa direction collégiale.

Pour autant, Emmanuel Macron est coincé : diluer les ministres novices au milieu de responsables politiques capés, ne serait-ce pas se renier, ne serait-ce pas enterrer le "nouveau monde" ? Et au-delà du symbole fâcheux, faire changer de main les dossiers à peine engagés, est-ce rendre service à la bonne conduite des affaires ? Par ailleurs, l'arrivée de poids lourds au gouvernement offre-t-elle la certitude d'une communication plus robuste ? Comme le note un proche d'Emmanuel Macron, cité par Le Monde :

"Sous Hollande, les gouvernements étaient remplis de soi-disant poids lourds politiques. Le président a-t-il été mieux protégé, plus populaire ?" La réponse est dans la question. Et elle éclaire la supposée "insoutenable légèreté" du gouvernement.

Frédéric Says

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