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Emmanuel Macron à Bruxelles, le 20 octobre 2017.

Pourquoi Emmanuel Macron veut-il changer les règles des élections européennes ?

3 min
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Le chef de l'Etat, qui consulte depuis hier les principaux partis, compte "nationaliser" l'enjeu du scrutin de 2019.

Emmanuel Macron à Bruxelles, le 20 octobre 2017.
Emmanuel Macron à Bruxelles, le 20 octobre 2017. Crédits : John Thys - AFP

Reconnaissons-le : ce sujet a l'air technique. De prime abord, il ferait passer la lecture d'une notice de montage de meuble pour un exaltant film à suspense. 

Pourtant, le changement de scrutin souhaité par Emmanuel Macron n'est pas anecdotique. Il recèle à la fois un positionnement tactique et une vision stratégique pour les prochaines élections européennes, en juin 2019. Devant les chefs de partis reçus à l’Élysée, le chef de l’État teste deux idées. D'abord - mais c'est assez annexe -, la création de liste "transnationales", composées de candidats de plusieurs pays. Ces listes transnationales viendraient combler les sièges laissés vides par les eurodéputés britanniques après le Brexit. On est ici dans le symbole : cela représente moins de 10% des sièges (71 sur 751). Il s'agit d'un marqueur pour progresser vers une Europe toujours plus intégrée. 

L'autre proposition d'Emmanuel Macron : "nationaliser" les débats. De quoi s'agit-il ? Jusqu'à présent, la France était découpée en huit grandes circonscriptions différentes (Sud-Ouest, Île de France, etc.). Désormais, il n'y aurait plus qu'une circonscription unique : le territoire national. Cela signifie que les enjeux européens seraient débattus sur la scène nationale, bloc contre bloc. Dans cette perspective, le gouvernement serait obligé de s'engager dans la campagne, et non plus de la déléguer aux potentats régionaux - fussent-ils très compétent.

Car jusqu'ici, quelle était la situation concrète ? Chaque parti dressait huit listes, une pour chaque grande région. Sur ces listes de candidats, on trouvait bien sûr quelques spécialistes de l'Europe. Mais aussi, pêle-mêle, des anciens ministres en disgrâce, des vieux barbons à recaser, des jeunes protégés à faire monter. Un exemple, en 2009, Nicolas Sarkozy a tenté d'exfiltrer Rama Yade en lui proposant une tête de liste aux Européennes. Celle-ci a refusé et a laissé entendre que cette offre ressemblait à un exil forcé. 

Vers une alliance des "pro-UE" ? 

Pour Emmanuel Macron, cette réforme permettrait aussi de conclure plus facilement des alliances. Avec huit listes régionales, c'est très compliqué : les négociations dépendent fatalement des bonnes grâces des barons locaux, des relations personnelles, des fâcheries et des antécédents. Avec une seule liste, il est aisé de nouer des rassemblements nationaux. C'est d'ailleurs ce qu'Alain Juppé a laissé entendre la semaine dernière, en souhaitant un large mouvement "central et pro-européen". Les macronistes l'ont entendu. Hier, Christophe Castaner a bien pris soin de préciser que la liste serait ouverte, et pas seulement une liste "En Marche" : 

"Seule la liste que nous organiserons avec nous - et je ne dis pas "la liste de la République En Marche" - sera la liste européenne. Toutes les autres ont de telles ambiguïtés qu'elles n'assumeront pas de porter [ce message]. J'ai entendu Alain Juppé (...) on a aujourd'hui des femmes et des hommes qui pensent que le dépassement politique est nécessaire" (interrogé par Nicolas Demorand sur France Inter)

Le mode de scrutin proposé par Emmanuel Macron présente aussi l'avantage d'un retour aux sources. Il reprend les modalités des premières élections européennes, en 1979, qui avaient porté Simone Veil à la tête du Parlement. Ce scrutin avait mobilisé 65% des électeurs, un score jamais atteint depuis. 

Enfin, grâce à cette élection à l'échelon national, Emmanuel Macron compte bien retrouver ses meilleurs ennemis. Il veut rejouer la campagne présidentielle contre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Avec le récit bien huilé du "combat" entre la construction européenne et le chaos. Plus prosaïquement, ce sera aussi le premier test électoral du quinquennat. Emmanuel Macron a tout intérêt à réussir l'examen de passage... 

Frédéric Says

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