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Quelle opposition à droite, face à Emmanuel Macron ?

A droite, le jour de vérité

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Ce mardi, le parti Les Républicains doit sortir de son ambiguïté.

Quelle opposition à droite, face à Emmanuel Macron ?
Quelle opposition à droite, face à Emmanuel Macron ? Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Si vous pensez que vous aller passer une mauvaise journée, dites-vous que ça pourrait être pire : vous pourriez un cadre du parti Les Républicains. Car à droite, l'agenda n'est pas des plus réjouissants en ce mardi. Évoquons d'abord le bureau politique du parti. Cette réunion des ténors doit trancher le sort des transfuges, ou des "traîtres", comme les appelle Nadine Morano. Ils se nomment Gérald Darmanin, Thierry Solère, Sébastien Lecornu - sans oublier Edouard Philippe, le premier ministre - et ont pour tort d'avoir rejoint Emmanuel Macron.

Faut-il les exclure, au risque de passer pour sectaire ? Ou bien faut-il attendre qu'ils s'en aillent d'eux-même, au risque de patienter comme l'amoureux éconduit ? En la matière, il y a eu trop de mots pour éviter la séparation, mais trop de calculs pour la prononcer rapidement. Jusqu'ici, entre ces deux mauvaises solutions, le parti Les Républicains avait choisi de ne pas choisir.

La décision de ce soir fait peu de suspens, mais les détails seront intéressants : l'exclusion sera-t-elle prononcée à l'unanimité ? Sera-t-elle générale et sans appel ? Quels mots, quel ton seront employés dans le communiqué de presse ? Tout cela nous dira à quoi va ressembler le bloc de droite pendant le quinquennat : sera-t-il friable, sera-t-il tranchant, sera-t-il monolithique ?

Le piège du budget

L'autre rendez-vous du jour, c'est le vote solennel du budget à l'Assemblée nationale. Là encore, la position de LR n'est pas des plus confortables. Car ce budget, le premier de l'ère Macron, contient tout ce dont la droite a rêvé : suppression partielle de l'impôt sur la fortune, flat tax sur les revenus financiers, baisse du nombre de contrats aidés. Mais là encore, que faire ? Voter pour ce budget, c'est risquer d'apparaître comme une opposition qui n'en a que le nom. Une armée de supplétifs du mouvement En Marche.

Mais voter contre, c'est paraître défendre sa boutique avant ses idées. Accessoirement c'est mécontenter les électeurs de droite qui se disent en grande majorité favorable à la politique économique du gouvernement...

Reste l'option de l'abstention - qui ne brille pas par la clarté de son message, mais qui permet de limiter les dégâts.

En ce mardi, la droite a donc deux dilemmes. Le débat sur les exclusions des transfuges vise à solder le passé, le vote du budget sert à définir l'avenir. En somme, les deux événements de la journée vont nous dire quelle sera l'essence de cette droite nouvelle génération, privée de ses figures tutélaires – Sarkozy, Fillon, Juppé.

Pour sortir de ces dilemmes, le probable futur patron de la droite, Laurent Wauquiez, a décidé de faire table rase...

Il évacue ces deux sujets. Pour comprendre, il faut lire l'interview assez riche qu'il donne au Point cette semaine. En substance :

1) Les transfuges, dehors et on n'en parle plus. Au moins c'est fait.

2) « Face à Emmanuel Macron, on ne peut pas réduire notre position à quelques arguties sur le budget ».

Autrement dit, puisque le terrain économique ne nous est pas favorable, changeons de terrain. Les attaques de Laurent Wauquiez se concentrent donc sur l'aspect sociétal. Après avoir vitupéré sur le conformisme intellectuel d'une certaine droite, il accuse le chef de l'Etat de s'aveugler, je cite, sur "la haine anti-française" qui monte dans certains quartiers.

« Emmanuel Macron est incapable de parler de nation française, accuse Wauquiez. Il préfère la start up nation. »

Une rhétorique illustrée par les photos du Point, où le ténor de la droite se met en scène. Laurent Wauquiez au milieu des champs, Laurent Wauquiez qui prend l'apéro au bistrot, Laurent Wauquiez sur un tracteur... Sous-entendu : Province contre Paris, le peuple contre l'élite mondialisée, les villages contre les hubs d’aéroport et la langue française contre le globish managérial.

Caricatural ? Evidemment. Mais y a-t-il d'autre choix pour que la droite redevienne audible ?

On a fini par l'oublier, mais le parti Les Républicains, fort de 100 députés, s'est fait ravir le rôle de premier opposant par... la France insoumise, qui en compte 17. Soit six fois moins.

Frédéric Says

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