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Laurent Wauquiez en meeting à Valence, le 26 mars 2015.

L'influence du vote des seniors

3 min
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Sommes-nous dans une démocratie des retraités, par les retraités, pour les retraités ?

Laurent Wauquiez en meeting à Valence, le 26 mars 2015.
Laurent Wauquiez en meeting à Valence, le 26 mars 2015. Crédits : Christophe Estassy - AFP

Vivons-nous dans une démocratie des retraités, pour les retraités, par les retraités ?     Évidemment, la question semble provocatrice. Mais une série de faits doit nous interroger sur la capacité du système politique à inclure toutes les classes d’âge. Voici quelques chiffres : 

En France, les plus de 65 ans représentent 19% de la population, mais un tiers des votants. 

La moyenne d’âge de l’électeur inscrit est de 50 ans. 

En 2017, seul un jeune sur cinq (de moins de 30 ans) a voté à toutes les élections (présidentielle et législative). Ce chiffre monte à 1 sur 2 chez les retraités. 

En somme, les plus de 65 ans sont de plus en plus nombreux, ils s’intéressent davantage à la vie politique, et ils votent beaucoup plus que la moyenne. 

La conséquence directe, c’est une forme d’électoralisme ciblé vers les « seniors », selon le mot pudiquement employé par les candidats. Ainsi, pendant la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy a promis pêle-mêle une grande loi sur la dépendance, le versement des pensions dès le 1er du mois et non le 8, et la suppression des cotisations sociales pour l’embauche d’un chômeur de plus de 55 ans. De son côté, François Hollande a proposé le contrat de génération ; un salarié âgé qui parraine un jeune, pour mettre en valeur la transmission. C’est arithmétique : dans une élection, difficile de l’emporter sans l’appui des électeurs les plus expérimentés, disons-le comme ça.

Illustration en 2007. Au 2eme tour, Ségolène Royal est majoritaire chez les électeurs de 18 à 49 ans. Mais les plus de 50 ans offrent la victoire à Nicolas Sarkozy. Ce sont même 2/3 des plus de 65 ans qui choisissent le candidat de l’UMP. Certes, avoir les retraités avec soi ne fait pas tout. François Fillon était largement devant, chez les plus de 65 ans, mais ça n'a pas suffi, comme l'a rappelé ce week-end Valérie Pécresse à la tribune des Républicains : 

"Soyons lucides : aux dernières présidentielles, seulement 6 % des Français de moins de 35 ans ont voté pour nous"

Vote de classe et vote de classe d'âge

Évidemment, un vote de classe d’âge n’est pas forcément un vote de classe. Entre le retraité de l’Éducation nationale et celui d’un grand groupe privé, entre le retraité de l’usine et celui des champs, il serait inepte de globaliser. Il demeure que les retraités votent moins pour les extrêmes et davantage pour la droite parlementaire. 

Cela a des effets sur l’offre politique. Si Marine Le Pen ne défend plus la sortie de l’euro, c’est précisément parce que cette mesure lui a fait perdre des points chez les aînés. Au 1er tour, la candidate du Front national est arrivée en tête chez les électeurs entre 35 et 59 ans, mais n’a convaincu que 10% des électeurs de plus de 70 ans. Dans les enquêtes d’opinion, l’électorat retraité se caractérise surtout par une aversion au risque, selon la formule du politologue Jérôme Fourquet. Pas question de renverser la table aux élections. Cela s’est vérifié à la présidentielle l’an dernier. Au deuxième tour, Emmanuel Macron a rassemblé 80% des voix des retraités, face à Marine Le Pen.   Et ce, alors même qu'il avait promis une hausse de la CSG, qui grève une partie des pensions de retraite. 

« Le vote senior, ultime rempart à la vague populiste », avait titré Le Monde en 2015. La prégnance de l'électorat des plus de 65 ans agit sur la vie politique française comme un tranquillisant ; elle lui évite les a-coups. Est-ce bon ou pas, chacun en jugera. Cette prégnance n'est pas finie. En 2030, les plus de 65 ans représenteront 30 % de la population française. Ces derniers mois, on a beaucoup disserté sur le monde politique : est-il le "nouveau" ou "l’ancien monde". Il reste en tout cas le "monde des anciens".

Frédéric Says

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