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Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 17 octobre 2017.

Gérald Darmanin, le miracle macroniste

4 min
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Venu de LR, le ministre de l'Action et des Comptes publics s'est imposé comme l'une des figures du gouvernement.

Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 17 octobre 2017.
Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 17 octobre 2017. Crédits : Patrick Kovarik - AFP

En moins de six mois, il est devenu l'un des piliers du macronisme, l'un des chouchous de la majorité, l'un des représentants du "renouveau". Un miracle, car malgré ses 35 printemps, Gérald Darmanin réunit tout l'attirail de « l'ancien monde », selon l'expression d'Emmanuel Macron.

D'abord un goût inaltéré pour la petite phrase bien placée. Certes, il cite parfois en souriant De Funès ou Desproges pour détendre l'atmosphère. Mais il n'hésite pas à monter au front, le doigt sur la gâchette, la répartie à la bouche, comme lorsque Marine Le Pen le qualifie de "Judas" à l'Assemblée :

"La différence avec vous, madame Le Pen, c'est que Judas restera dans l'Histoire !"

La présidente du Front national s'est trouvée coite. Selon le mot de Chateaubriand, s'il faut "économiser son mépris, à cause du grand nombre de nécessiteux", le ministre des Comptes publics a lui plutôt choisi d'être prodigue.

Son parcours politique, peu connu, renvoie aussi à ce qu'Emmanuel Macron a qualifié pendant sa campagne de "cursus de l'ancien temps" : assistant parlementaire, élu municipal, conseiller régional, conseiller ministériel, député. Un CV musclé, lesté de prise de responsabilités précoces.

Y compris lorsqu'il était étudiant. En 2006, il est élève de l'Institut d’Études Politiques (IEP) de Lille. Nous sommes en plein mouvement anti-CPE. Et Gérald Darmanin, 23 ans à l'époque, intervient en Assemblée générale, sous les huées, pour demander le débloquage de l'IEP. C'est un document que nous exhumons dans le billet politique : "Que vous fassiez grève, pourquoi pas, (...) mais bloquer un IEP, c'est tout à fait fasciste".

"Fasciste", le mot est lâché.

La vertu du macronisme est d'avoir su attirer ces talents. Ces surdoués de la politique, qui ont mis les ficelles traditionnelles au service d'un parti qui se veut novateur. On parle parfois de "greenwashing" à propos de ces entreprises qui veulent paraître toujours plus écolos.

On pourrait évoquer le "Nouveau-Monde washing" pour le mouvement en Marche, qui a mêlé à ses recrues de la société civile, d'authentiques politiciens de métier.

Il n'empêche, aux yeux du grand public, Gérald Darmanin est trop jeune, trop récent pour avoir trempé dans les affres des partis traditionnels. C'est oublié, tout comme ses déclarations péremptoires contre le mariage homosexuel, qui semblent désormais enfermées dans le coffre des vieilles photos sépia.

Il est aujourd'hui un atout indéniable du gouvernement. L'homme sait y faire, il a bien vite assimilé le « Et en même temps », sorte de sésame du macronisme.

Sans flancher, il défend donc la suppression de l'ISF « et en même temps », s'affirme en défenseur des familles modestes de Tourcoing.

De même, Gérald Darmanin, après avoir été d'une droite sans complexe, découvre les vertus du centre. Face aux Républicains, il se présente en protecteur des petites gens. Mais face à la gauche, il se transforme en apôtre du sérieux budgétaire et du respect des sacro-saint 3%.

LE 06 du ministre

Tout cela lui vaut de précieux tampons sur son passeport macroniste tout neuf. Un portrait dithyrambique dans Challenges. Le magazine s'épate de la force de travail de ce divorcé sans enfants ; s'extasie de son extraction modeste - une mère femme de ménage, un père tenancier de bar - ; s'enthousiasme de sa gouaille affectueuse.

Autre tampon, ces standing ovations de la majorité parlementaire, qu'il cajole volontiers. Il donne facilement son numéro de portable aux députés LREM. Lesquels peuvent ensuite plastronner en réunion publique : une question sur la fiscalité ? Qu'à cela ne tienne : ils envoient un SMS à "Gérald". Réponse rapide garantie, ça fait toujours son petit effet.

Paradoxalement, cette percée du ministre des Comptes publics est aujourd'hui un problème pour le gouvernement. La promesse initiale était celle d'un alliage équilibré venu de la gauche et la droite : tous sur le même bateau au service de la France. Mais avec l'omniprésence de Gérald Darmanin - et de quelques autres -, on n'entend guère l'aile gauche de cet équipage. Et le bateau gouvernemental, faute de contrepoids, penche à tribord.

Frédéric Says

Chroniques

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