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Danièle Obono à l'Assemblée nationale, le 24 octobre 2017.

Députée Obono, camarade Danièle : malaise chez la France insoumise

4 min
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Les récentes déclarations de la députée FI de Paris ont plongé dans l'embarras une partie des cadres du mouvement.

Danièle Obono à l'Assemblée nationale, le 24 octobre 2017.
Danièle Obono à l'Assemblée nationale, le 24 octobre 2017. Crédits : Eric Feferberg - AFP

"Camarade". D'habitude, ce mot n'est pas synonyme de malaise parmi les proches de Jean-Luc Mélenchon. Il évoque plutôt la fraternité des luttes, l'ivresse des combats, la solidarité des convictions. Mais ce terme, "camarade", n'a pas suscité l'enthousiasme quand la députée insoumise Danièle Obono l'a utilisé pour qualifier la porte-parole du Parti des Indigènes de la République. Houria Bouteldja, c'est son nom, est la figure de proue de ce mouvement qui milite pour installer la notion de race dans le prisme politique de l'extrême-gauche. Elle a écrit un livre dont le titre annonce la couleur, si l'on peut dire : « Les Blancs, les Juifs et nous ». Elle y reproche aux Juifs, je cite, "de se fondre dans la blanchéité". Elle dénonce par ailleurs l'"impérialisme gay", et autres joyeusetés sur lesquelles on va revenir.

Cette dame est donc une "camarade" du mouvement anti-raciste, explique Danièle Obono, interrogée dimanche sur Radio J. Une camarade qu'elle "respecte", même si elle dit ne pas partager toutes ses positions.

Cette déclaration a immédiatement créé la gêne dans les rangs de la France insoumise.

« Je ne soutiens pas Houria Bouteldja, porte-parole [d'un] parti racialiste, antisémite et communautariste » tweete Djordje Kuzmanovic, l'un des porte-parole de Jean-Luc Mélenchon.

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« Je ne partage pas tout ce que peut dire Danièle", explique de son côté le député insoumis Alexis Corbière, tout en soulignant que sa collègue est une "militante laïque".

Ce n'est pas la première fois qu'une polémique se déclenche autour de Danièle Obono. Quelques jours après l'attentat de Charlie Hebdo - elle n'était donc pas députée - elle avait écrit ces mots sur son blog : "je n'ai pas pleuré Charlie". Avant de regretter "toutes les fois où des camarades ont "défendu mordicus les caricatures racistes" de l'hebdomadaire. En 2012, elle avait signé une pétition de soutien à un groupe de rap attaqué en justice dont l'une des chansons s'intitulait « Nique la France ». Quand cette dernière polémique a refait surface, Jean-Luc Mélenchon a soutenu Danièle Obono, dénonçant "les chiens de garde médiatiques".

Mais cette fois, le fondateur de la France insoumise s'est fait très discret. Lui qui publie régulièrement des vidéos d'une demi-heure, des articles de blog qui dépassent les 30 000 signes, n'a pas trouvé le temps d'écrire ne serait-ce que quelques phrases. Une seule réaction, allusive, sur sa page facebook. Il a partagé un post, une vidéo où l'on voit Thomas Guénolé, un politologue proche de la France insoumise, dans un débat face à Houria Bouteldja :

Comprendre : dans cette polémique, Jean-Luc Mélenchon n'en dit pas plus mais n'en pense pas moins. Du coup, Danièle Obono a rétro-pédalé hier, elle aussi sur facebook. Elle se dit en désaccord avec les thèses du Parti des indigènes de la République, tout en revendiquant la nuance. Si l'on résume : Danièle Obono pense du mal des thèses des Indigènes de la République, et du bien de celle qui porte ses thèses. Si vous avez compris, c'est que cela a été mal expliqué...

Cet incident pose deux questions plus fondamentales...

D'abord, un parti est-il responsable des fréquentations de chacun de ses membres ? Thomas Guénolé, le politologue déjà cité, affirme que la France insoumise n'est pas engagée par les déclarations de Danièle Obono. Que seul le programme fait foi. Défense habile, mais un peu rapide. N'a-t-on pas demandé une réaction à Nicolas Sarkozy quand Nadine Morano exaltait "la race blanche" de la France ? N'a-t-on pas demandé des comptes à Marine Le Pen sur des dessins racistes relayés par certains de ses candidats ? N'a-t-on pas demandé une réponse au Parti communiste, quand l'une de ses membres, employée à la mairie de la Courneuve, avait qualifié de "martyr" le meurtrier de deux jeunes femmes à Marseille ? Pourquoi cela serait-il différent ici, à plus forte raison pour une élue de la nation ?

Mais ces réactions embarrassées traduisent autre chose. Au-delà de la polémique instantanée des réseaux sociaux et des instrumentalisations diverses, elles révèlent des divergences de fond sur les questions liées à la laïcité et à l'anti-racisme. Les commentaires des militants sous le post facebook de Jean-Luc Mélenchon illustrent ces oppositions. Il faut d'ailleurs aller plus loin que les tweets, et lire l'intéressante interview de Danièle Obono à la revue Ballast, un trimestriel qui veut fédérer la gauche radicale. On y apprend ainsi que Danièle Obono est contre la loi de 2004, celle qui bannit les signes religieux de l'école, Jean-Luc Mélenchon est pour. On y note que Jean-Luc Mélenchon n'a pas voulu du mot « islamophobie » dans son programme présidentiel, un terme qu'utilise Danièle Obono.

Cet épisode raconte donc les imprécisions théoriques de ce jeune mouvement. Derrière l'hégémonie médiatique de Jean-Luc Mélenchon, il fédère des pensées militantes diverses. Et parfois antagonistes. Des anciens du PS (comme lui, comme Alexis Corbière), des anciens de la LCR et du NPA (comme Danièle Obono), des ex-communistes, écologistes, de néo-engagés...

Voilà aussi pourquoi Jean-Luc Mélenchon, ciment du mouvement pour en cacher les failles, n'a pas souhaité écrire une ligne sur ce mot de « camarade ».

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