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Emmanuel Macron, le 19 octobre 2015.

Emmanuel Macron et le syndrome Michèle Barzach

3 min
À retrouver dans l'émission

Comment le parcours de l'ancienne ministre de la Santé éclaire celui du jeune ministre de l'Economie.

Emmanuel Macron, le 19 octobre 2015.
Emmanuel Macron, le 19 octobre 2015. Crédits : Charles Platiau / Reuters

Elle plait aux médias, ringardise le personnel politique et se trouve bombardée, un beau matin de 1986, ministre de la Santé par Jacques Chirac. Dépourvue de tout mandat national jusque là, Michèle Barzach inspire une fraicheur, un renouveau, qui la portent vite très haut dans les sondages de popularité.

Après deux ans au firmament, la bulle politique éclate… Elle n’est plus dans la ligne du chef, et se retrouve peu à peu écartée, à la fois par les manoeuvres d'appareil, la lassitude des commentateurs et quelques insinuations peu fair play.

Hier, un an et demi après avoir été nommé, Emmanuel Macron a reconnu qu’il aurait dû payer l’ISF. A l'issue de plusieurs mois de négociations, les services fiscaux lui reprochent d’avoir sous-évalué son patrimoine. L’information est sortie dans Médiapart et le Canard Enchaîné. Elle fait suite à l'affaire dite du "t-shirt", une altercation avec un chômeur à qui Emmanuel Macron recommandait de travailler pour se payer un costume.

Par ailleurs, depuis hier, la presse se plait à rappeler que Macron, banquier d’affaires dans une autre vie, a touché plus de 2 millions d’euros en 1 an et demi. "Les emmerdes, ça vole en escadrille", disait Jacques Chirac, qui a bien connu Michèle Barzach mais pas Emmanuel Macron.

Qu’est-ce que le syndrome Michèle Barzach… ?

Elle est l’une des personnalités de la Vème république qui symbolise le mieux la versatilité de la vie politique, le côté bi-polaire de Marianne. Sa carrière recèle plusieurs enseignements que peut méditer Emmanuel Macron.

D’abord, un responsable politique sans assise locale est vulnérable. Adosser sa crédibilité à une simple courbe de popularité - cette science par nature changeante et inexacte - cela revient un peu à miser sur le soleil au mois de mai.

Michèle Barzach n’avait pas d’implantation locale, ou plutôt elle était élue de Paris, fédération contrôlée par les instances du RPR, qui ont rapidement éjecté la gêneuse. Sans arrière-base électorale, impossible de repartir au front. C’est pour ça qu’on n'a plus vu Michèle Barzach, tandis qu’on voit toujours Jean-François Copé, à qui il ne reste plus grand-chose si ce n’est son fief de Meaux.

Ensuite, venir de la société civile est un atout, mais c’est un atout que les professionnels de la politique vous pardonnent rarement. Macron, banquier devenu ministre de l'Economie, Barzach, médecin propulsée ministre de la Santé, ont payé pour le savoir.

Troisième parallèle : être nommé par le chef c'est être révocable par lui. Michèle Barzach devait tout à Jacques Chirac, Emmanuel Macron doit tout à François Hollande.

Enfin, on le sait, la presse brûle ce qu’elle a adoré. Elle aime raconter l’ascension de celui ou celle qu’on n’attendait pas ; elle aime encore plus décrire la chute de celui ou celle qu’on attendait trop.
Emmanuel Macron vient de mesurer ce qui sépare un ministre populaire d’un présidentiable. L’élection suprême est souvent comparée à une essoreuse ; lui vient à peine de subir le prélavage… Mouillé mais pas coulé.

Droit dans ses bottes et dans son "costume" - ce mot qui signifie uniforme mais aussi déguisement -, Emmanuel Macron vient de connaître, en cycle accéléré, les 3 coups du théâtre de la politique : on lèche, on lâche, puis on lynche.

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