LE DIRECT

Emmanuel Macron et l'inversion de la courbe (des sondages)

4 min
À retrouver dans l'émission

Plusieurs études créditent le chef de l'Etat d'une popularité en hausse. Inhabituel pour un chef de l'Etat, après 7 mois de pouvoir.

Si cette expression est attachée au quinquennat précédent, une autre "inversion de courbe" s'est produite ces jours-ci pour l'actuel président.  Les sondages d'Emmanuel Macron remontent : 5 points en un mois, selon l'institut IFOP, 7 points pour IPSOS, 4 points chez BVA. Les résultats obtenus dépendent bien sûr de la formulation des questions : parle-t-on de soutien, d'opinion positive ? Comme à chaque fois, cela doit inciter à la prudence, mais le fait est là : chacune de ces études note une progression. Certes, c'est un phénomène d'ampleur limitée, peut-être conjoncturel - est-ce l'effet de la cérémonie d'hommage à Johnny ? Il n'en reste pas moins que cette remontée est intéressante car inédite. Non pas qu'un président ne soit jamais remonté dans les sondages : c'est arrivé à Jacques Chirac après son refus d'intervenir en Irak, à Nicolas Sarkozy après son discours sécuritaire de Grenoble, à François Hollande après les attentats de 2015. 

Non, ce qui est inédit, c'est qu'une telle remontée n'a jamais eu lieu six mois après la prise de pouvoir. Lorsqu'on regarde les courbes, historiquement, le mouvement est toujours similaire : un pic au moment de l'élection, une baisse à la fin de l'été, puis une chute entre la rentée et le mois de décembre. 

Pourquoi cette différence ? 

Pourquoi ne retrouve-t-on pas cette fois ce schéma ? D'abord, l'élection d'Emmanuel Macron était entourée d'incertitudes. Élu à 39 ans, aurait-il la stature ? Au-delà de l'habileté à mener campagne, tiendrait-il parole dans les actes ? Cela fait aujourd'hui six mois presque jour pour jour que la majorité a été élue. Les grands chantiers ont été lancés. L'opinion lui fait crédit d'avoir engagé ses promesses, fussent-elles impopulaires. 

Par ailleurs, l'exécutif multiplie les initiatives, ce qui donne le tournis aux oppositions, elles-mêmes anémiées par les divisions et les querelles, tant politiques que syndicales. 

Ensuite, le produit est bien "vendu", grâce à une communication soignée, étudiée, travaillée. Mieux : elle est assumée, comme le confiait Emmanuel Macron dans le documentaire de Bertrand Delais diffusé sur France 2, le 11 mai dernier :  

"La vie en société fait qu'on adapte ce qu'on dit à la personne avec qui on est (...) Donc quand j'entends les uns et les autres dire 'c'est du théâtre, de la communication'... Oui, gros ballot, toi aussi ta vie c'est ça."

Voilà pour les "gros ballots". Démonstration in vivo hier, à Boulogne-Billancourt avec Arnold Schwarzenegger et des enfants pour le sommet One planet, avec cette vidéo en selfie postée sur le compte twitter de Schwarzenegger :

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Mais la percée Macron ne se résume pas à une communication bien huilée. Parmi les politiques, les meilleurs communicants se sont souvent abîmés dans les sondages, car la com' est au sondage ce que la substance euphorisante est au cerveau : la montée, si elle est uniquement virtuelle, précède la redescente.

La politique « pas de droite pas de gauche » revendiquée par le chef de l’État - en réalité un centrisme libéral pro-européen, si on appelle les choses par leur nom, permet d'avancer assez vite. Parce que les opposants de gauche et de droite adressent des reproches contradictoires au gouvernement. Exemple sur le budget : 

Pour la gauche, il s'agit d'un budget "symbole du président des riches". Pour la droite, ce sont de « simples gesticulations qui ne vont pas assez loin ». 

De même sur la question des migrants : « politique inhumaine de Gérard Collomb », fustige la gauche et l'extrême-gauche... "Laxisme et frontière-passoires", grogne la droite et l'extrême-droite. On pourrait ainsi multiplier les exemples. La méthode de l'entre-deux, dont le gouvernement n'a pas fini de se servir. Au premier semestre 2018, sont programmés les projets de loi sur l'assurance-chômage, sur la réforme de la justice, sur la formation professionnelle. Autant de rendez-vous compliqués, périlleux politiquement. Où il faudra bien négocier ces virages, pour continuer à domestiquer les courbes.  

Frédéric Says

Chroniques

8H19
24 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Comment expliquer l’impuissance diplomatique des pays arabes ? (2ème partie)
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......