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Emmanuel Macron, en déplacement à Calais, le 16 janvier 2018.

Emmanuel Macron, l'équidistant

2 min
À retrouver dans l'émission

A Calais, Emmanuel Macron s'est posé en arbitre.

Emmanuel Macron, en déplacement à Calais, le 16 janvier 2018.
Emmanuel Macron, en déplacement à Calais, le 16 janvier 2018. Crédits : Denis Charlet - AFP

S'il est un reproche qu'on ne peut pas faire à Emmanuel Macron, c'est d'avoir changé de rhétorique entre sa campagne et son quinquennat. La phrase « Et en même temps » caractérisa sa conquête du pouvoir, elle décrit aussi bien son exercice. La journée d'hier à Calais l'illustre à la perfection. 

Le fil rouge de cette visite d'une dizaine d'heures fut de tenter de concilier les antagonismes. Les fonctionnaires de police et en même temps les migrants. Les associations d'aide aux exilés et en même temps celles des commerçants du Calaisis. La lutte contre la reconstitution de campements et en même temps la distribution de nourriture par l’État. L'application de la loi et en même temps la générosité. 

Ce « et-et » fut aussi un « ni-ni » : ni exactions policières, ni accusations diffamatoires contre les forces de l'ordre... Le président cherche à se placer au centre, à démontrer qu'il est à équidistance de tous les protagonistes de cette affaire. Il ne vient pas en acteur du dossier, il vient en arbitre : carton jaune aux associations accusées de mentir aux migrants ; avertissement ferme aux forces de l'ordre contre des manquements à la déontologie. Et comme tout arbitre, il est parfois sifflé depuis les tribunes - la tribune du Monde en l'occurrence, rédigée par des intellectuels proches du think tank Terra Nova, qui regrettent un déséquilibre de la politique migratoire de la France. 

Les oppositions se neutralisent entre elles

Sur cette question, Emmanuel Macron tente aussi de se placer au centre du jeu politique plus traditionnel. Il se veut à équidistance du Parti socialiste et de Les Républicains : les premiers fustigeant "l'inhumanité" du projet de loi Collomb ; les seconds dénonçant son "laxisme". 

Au centre, encore, entre Mélenchon et Le Pen : l'un propose de régulariser les sans-papiers qui travaillent, l'autre veut réduire drastiquement l'immigration légale, par la remise en cause du regroupement familial et de l'immigration de travail. La stratégie est donc assez simple. Sur ce dossier, le macronisme se veut au centre de plusieurs cercles concentriques. Il se présente comme porteur de la nuance, face aux positions tranchées.  Un calcul habile, qui consiste à laisser les oppositions se neutraliser entre elles à coups d'arguments contradictoires. D'où la difficulté pour les opposants, comme sur la loi Travail, de trouver des aspérités auxquelles s'accrocher. Le chef de l’État souffle le chaud et le froid, au risque de finir avec de l'eau tiède. Mais ce positionnement n'en est pas moins risqué : il revient aussi à se placer au centre du champ de bataille, sous le feu des invectives venues des deux côtés. Cette stratégie trouve aussi ses limites sur d'autres dossiers, comme Notre-Dame-des-Landes. Où la conciliation des contraires, la position de l'arbitre surplombant n'est pas tenable. Et où in fine, il faudra bien trancher.

Frédéric Says

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