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Faut-il distribuer moins de légions d'honneur ?

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À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron veut restreindre le nombre de récipiendaires de la "Rosette".

Parlons ce matin de décorations. Rien à voir avec le sapin et les guirlandes de saison. On évoque ici le ruban rouge, la rosette, bref, la légion d'honneur. Hier soir, justement, Emmanuel Macron a présidé une cérémonie de remise de décorations. Dans l'agenda officiel du président, il n'est pas précisé qui sont les récipiendaires. Selon nos informations, ils étaient six, dont le scientifique Serge Haroche et le magistrat Jean-Claude Marin. 

La remise de la légion d'honneur est ce moment ambigu où le chef de l’État récompense une personnalité au nom de tous, mais parle aussi souvent de lui-même. Exemple avec François Hollande qui avait remis les insignes de Grand-Croix à Jean d'Ormesson en 2014 :

"Vous avez réussi tout au long de votre vie à être aimé. Je me suis posé cette question : comment avez-vous fait ?"

Le discours présidentiel en l'honneur de la personnalité décorée est bien sûr rarement un pamphlet. Il tient plutôt de la pluie d'hommages. "Sujet, verbe, compliment", selon le mot connu. Dès lors, quand la brosse à reluire manque à l'appel, c'est d'autant plus remarqué. Comme lors de la décoration de l'acteur Dany Boon par Nicolas Sarkozy : 

"Vous êtes fils d'un kabyle, marié à une catholique picarde, d'un boxeur devenu chauffeur routier à Armentières... Bon ça commençait pas terrible, faut bien reconnaitre ! (...) Vous avez déjà choisi la fiction contre la réalité, en préférant le nom de Dany Boon au très joli nom qui était le vrai... 'Daniel Hamidou'. Bon, je peux me permettre : moi c'est Sarkozy... Mais enfin, Hamidou, quand même... (rires) Va faire une carrière avec ça !"

Décorer moins pour décorer mieux 

Retour d'une certaine solennité ? Emmanuel Macron veut rendre plus rare la légion d'honneur. Les promotions seront désormais "plus resserrées" et "davantage centrées sur le mérite", affirme l’Élysée. L'idée est de mettre fin aux décorations quasi-automatiques d'ancienneté et de fin de carrière, par exemple pour les hauts fonctionnaires. Mais aussi pour les militaires. Dans le Figaro du 2 novembre, un haut responsable de l'Élysée explique : "il ne suffira plus d'être un ancien appelé d'Algérie ou d'un autre théâtre d'opération, il faudra avoir fait preuve d'une engagement dans sa mission au combat". 

Décorer moins pour décorer mieux : cette décision est de prime abord forcément populaire. Qui applaudirait des cohortes innombrables de personnalités distinguées chaque année ? Si les honneurs sont si libéralement distribués, alors ils se déprécient. Pour autant cette décision marque aussi une re-centralisation. En imposant en quelques sortes un quota, un numerus clausus symbolique, le chef de l’État reprend le pouvoir sur la légion d'honneur ; il confisque les marges d'autonomie qui existaient jusqu'ici pour les ministères et les préfectures dans le choix des personnes récompensées. Il réhabilite la geste de Napoléon, le créateur de la Rosette, le 29 floréal an X (19 mai 1802). Lequel voulait récompenser "ses soldats et ses savants". Et affirmait aussi : "on appelle cela des hochets ; eh bien, c'est avec des hochets qu'on mène les hommes !" 

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