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Edouard Philippe, le 21 novembre 2017.

Edouard Philippe et l'écriture inclusive

3 min
À retrouver dans l'émission

Une circulaire est publiée aujourd'hui pour bannir ce type d'écriture des documents officiels.

Edouard Philippe, le 21 novembre 2017.
Edouard Philippe, le 21 novembre 2017. Crédits : Charly Triballeau - AFP

Il est des mots et des concepts qui suscitent des guerres de tranchées, avant même qu'on ait pu distinguer précisément de quoi il s'agissait. L'écriture inclusive en fait partie.   Édouard Philippe demande donc aux administrations de ne pas utiliser cette méthode. L'écriture inclusive, dont l'usage se développe, conteste la prédominance du masculin sur le féminin dans la grammaire française. Elle est souvent résumée à l'utilisation du "point médian" : ce point au sein d'un mot, qui permet d'écrire à la fois au masculin et au féminin. Ce qui donne par exemple : les agriculteur· trice·s. 

Si le point médian focalise les passions, l'écriture inclusive ne s'y résume pas. Il s'agit aussi de féminiser les fonctions ; et quand c'est possible, d'utiliser des mots neutres. Ainsi - pour rester sur des termes récurrents dans le billet politique -, il est devenu absurde de parler des « hommes politiques », termes auquel on préférera les "responsables politiques". Voilà pour la théorie. 

Mais très vite, dans cette douce France apaisée et nuancée, le combat s'est fait binaire et assez violent. L'Académie française a sonné le tocsin et dénoncé "un péril mortel" pour la langue française. Rien de moins.

De l'autre côté, un brin d'hypocrisie. Hier soir, Libération moquait Édouard Philippe sur le "choix de ses priorités". Le quotidien ironisait sur ce "dossier urgent" que serait l'écriture inclusive. Sous-entendu : le premier ministre n'a-t-il pas d'autres priorités à traiter ? Sauf que. Il y a deux semaines, le même journal Libération avait consacré la quasi-totalité de sa Une à l'écriture inclusive. Et l'avait donc érigée, de fait, en... priorité. Mais les contradictions ne s'arrête pas là.

"Une langue, une République"

La vision d’Édouard Philippe n'est pas alignée sur l'Académie française. Contrairement à elle, il valide la féminisation des fonctions ("l'Ambassadrice", etc.). Mais pour refuser le "point médian", Édouard Philippe met en avant la clarté des textes. Dans la lignée des mises en garde lancées par certains professeurs, par des responsables associatifs ou par le linguiste Alain Bentolila. Une langue écrite avec des points médians ne devient-elle pas plus dure à apprendre ? 

Cela dit, l'intention d’Édouard Philippe va plus loin. Politiquement, il y a aussi la volonté de se camper en défenseur d'un patrimoine, d'une histoire, d'assumer une certaine discipline, une verticalité. "il y a une langue, une grammaire, une république", insiste Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation. La démarche renvoie implicitement à l'idée que l'usage du Français a fondé la nation, l'a perpétuée, de Villers-Cotterêts à la Révolution. Pour le dire rapidement, Edouard Philippe est à l'écriture inclusive ce que l'Abbé Grégoire fut au patois. 

En fait, de manière subliminale, le premier ministre se pose en défenseur d'une langue longuement maturée et rationalisée, qui serait attaquée par le politiquement correct et les lubies du moment. 

Le paradoxe, c'est que dans le même temps, sa propre ministre de la Santé souhaitait réduire "fermement" la présence de cigarettes au cinéma. Ce qui peut-être vu, précisément, comme une lubie mâtinée de politiquement correct. 

Mais il y a plus étrange dans cette intransigeance affichée par Édouard Philippe. Si l’État doit chercher en son sein les promoteurs du langage inclusif, alors il risque bien de devoir débusquer l'homme qui est à sa tête :

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Emmanuel Macron et l'oralité inclusive

"Toutes et tous", "celles et ceux", "chacune et chacun". En politique, Emmanuel Macron est l'un des plus fervent pratiquants de l'écriture inclusive, ou plutôt de l'oralité inclusive - ce qui lui vaut les soupirs d'une partie des intellectuels. Est-ce à son corps défendant, comme monsieur Jourdain parlait en prose sans le savoir ? 

Frédéric Says

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