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Rapatrier ou pas les djihadistes français : le dilemme politique

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L’État français n'a que des mauvaises solutions.

Le cas de ces dizaines de Français arrêtés en Syrie et en Irak a tout du piège politique.      Doivent-ils être rapatriés pour être jugés en France ? Les spécialistes en droit et en relations diplomatiques ont donné leur avis. Mais la décision finale est éminemment politique. Que faire ? 

Voyons les options de ce dilemme. D’un côté, les laisser sur place. Les voir jugés par des tribunaux locaux avec peine de mort à la clé, et/ou absence d'avocat, comme le relatait hier le reportage de Jérôme Jadot au Kurdistan syrien.  Au fond, n'est-ce pas là déléguer à d'autres la peine capitale que l'on prohibe chez nous ? 

Mais de l’autre côté, en les rapatriant, que se passera-t-il ? Après interrogatoire, ils seront placés en détention provisoire et jugés. De quelles preuves disposera un tribunal français, à 4000 kilomètres des décombres de Daesh ? On peut craindre que ces djihadistes français soient poursuivis, par défaut, pour "association de malfaiteurs terroriste". Une accusation générique, qui ne tiendrait pas forcément compte des atrocités commises - ou pas - sur les populations locales. Bref, le risque est que tous ces prisonniers, du troufion au cerveau d’opérations-suicides, soient mis sur le même plan. On imagine évidemment les avocats - c’est leur rôle et leur honneur - plaider le manque d’éléments probants. D’autant que les djihadistes français capturés, jusqu’ici, assurent tous ou presque qu’ils sont venus "faire de l’humanitaire". Ou chercher un membre de leur famille, comme dans ce reportage de France 2 diffusé dimanche :

"La plupart des gens qui sont venus avec une croyance, un idéal. Moi je suis venu sans idéal, (...), je suis venu chercher mon petit frère". - Un détenu français capturé par les forces kurdes.

S’ajoutent les symboles, jamais anodins en politique. Ces détenus, tout juste rapatriés, seront-ils assistés par des avocats commis d’office ? C’est la règle du point de vue du droit. Mais le symbole du contribuable qui paie pour défendre ceux qui l’ont attaqué passerait évidemment très mal. Et serait utilisé politiquement.

Autre casse-tête : à l’issue de la décision de justice, l’emprisonnement éventuel. Où placer ces condamnés encombrants ? Compliqué, au moment où les syndicats pénitentiaires disent ne plus arriver à gérer les violences issues, pour partie, de "détenus radicalisés", selon la formule d'usage. Détenus qui jouissent par ailleurs d’un certain prestige, d’une certaine influence en détention. 

L’État français n'a en l'occurrence que des mauvaises solutions. 

Dans son fameux livre de confidences, François Hollande avait assumé la troisième voie, celle d'avoir « décidé au moins 4 assassinats ciblés » de membres français de l’État islamique. Au printemps dernier, une enquête du Wall Street Journal affirmait que la France avait remis une liste d’une trentaine de noms aux autorités irakiennes. Trente djihadistes français que Paris ne voulait pas voir s’échapper du siège de Mossoul. Une manière de donner carte blanche... 

Et ailleurs ? En Allemagne, peu de réactions politiques après l’annonce, ce dimanche, de la condamnation à mort d’une jeune allemande djihadiste par un tribunal irakien. En décembre, un homme de nationalité suédoise avait été pendu à Bagdad. 

Là encore, la perception et les symboles sont importants. Les forces kurdes diffusent ces jours des interrogatoires filmés des djiahdistes capturés, parmi eux des Français. Paradoxalement, ces films "humanisent" ces anciens de l’État islamique : ils mettent un visage - souvent penaud - sur ceux qui apparaissaient fiers et parfois masqués dans les vidéos de propagande de Daesh. Alors les rapatrier ou pas ? La doctrine choisie par le gouvernement est nette : les djihadistes français doivent être jugés sur place. Ce qui ne provoque pour l'heure que peu de débat. Comme si les grands principes étaient remisés. 

Cela dit, qu’en sera-t-il le jour où les images du premier détenu français condamné et exécuté nous parviendront ?

Frédéric Says

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