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François Hollande dans les studios de France Culture

La gauche et l'entropie

3 min
À retrouver dans l'émission

Le monde scientifique est sous pression, la majorité aussi.

François Hollande dans les studios de France Culture
François Hollande dans les studios de France Culture Crédits : PETIT TESSON / POOL / MAXPPP/MAXPPP

Hier matin, sur France Culture, en direct, dans la Fabrique de l’histoire, François Hollande a insisté sur l’importance, fondamentale, de la recherche : “le travail des chercheurs, le travail des spécialistes, est indispensable”, a dit le président, ce qui est, convenons-en, parfaitement raccord avec l’ensemble du discours gouvernemental depuis 2012 sur les efforts qu’il est indispensable de faire, au niveau politique, pour soutenir la recherche.

Mais dans les mots, choisis, de François Hollande, hier, il est possible d’entendre en réalité, sur la chaîne des savoirs et des idées, la reconnaissance, l’air de rien, d’une grossière erreur qui elle, entre en confrontation directe avec les déclarations d’amour répétées de la gauche au monde scientifique.

A lire : Financement de la recherche, la France élève médiocre

Parce qu’on le sait désormais : le monde de la recherche est sous pression depuis que la semaine dernière, un décret d’avance a été pris par le gouvernement, visant à annuler un certain nombre de crédits de recherche. Et cette fronde là, le Président de la République ne l’a pas vue venir : jusqu’à la tribune, signée dans le Monde lundi après-midi, par sept prix Nobel et Cédric Villani (médaille Fields), on pensait sérieusement, à l’Elysée et au gouvernement, que ces coupes allaient passer inaperçues. Peut-être absorbées par le bruit des pompes à essences. Dissimulées par les fumées des pneus qui brûlent. Mais c’était compter sans un des principes premiers de la thermodynamique.

Quand il y a trop de pression, le système explose

Pour nos éminents chercheurs, trop c’est trop. Ces petites mesures d’économie mesquines (prises pour financer le plan emploi, les aides aux agriculteurs et les allocations aux migrants), ne sont pas, pour eux, qu’un petit artefact de rien du tout, elles ont déclenché au contraire une sorte de "big bang" : dans leur tribune, les “Nobel” ont évoqué “un suicide scientifique et industriel”, et leurs mots ont ému bien au delà de la communauté scientifique.

A tel point qu’hier, la commission des finances de l’Assemblée Nationale a émis un avis négatif sur ce décret, et qu’une grosse partie de la gauche, bien au delà des frondeurs, s’est montrée très critique. Politiquement, évidemment, cette situation est très compliquée à tenir : c’est un coup à vous disperser la gauche en plus de particules qu’un éminent chimiste ne pourrait en compter. Du coup : rétropédalage toute. Aujourd’hui l’Elysée parle de “mesures de gestion administrative incomprises”, et assure qu’aucun programme de recherche ne sera affecté. François Hollande, lui, va recevoir les Nobel, pour leur annoncer qu’un geste sera fait, sur le budget 2017.

Peut-être recevra-t-il aussi Thierry Mandon, secrétaire d’état à la recherche, sans qu’on sache de quelle nature pourrait être l’échange calorifique entre les deux hommes. Le secrétaire d’état est en effet soupçonné par l’Elysée d’avoir été au courant de l’initiative des Nobel, et de ne pas avoir prévenu le Président. Une façon, soupçonne l'entourage de François Hollande, de défendre son budget, mais de manière un peu cavalière. Un coup à vous rajouter encore un peu plus de désordre (un prix Nobel dirait : de l’entropie), dans une majorité qui n’avait pas besoin de ça.

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