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Christophe Castaner a été désigné volontaire pour prendre la tête du parti LREM.

Le litige de l'homme-lige

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Christophe Castaner, actuel porte-parole du gouvernement et ministre des Relations avec le parlement, sera le prochain patron du mouvement d'Emmanuel Macron, la République en marche (LREM). L'ancien monde serait-il de retour ?

Christophe Castaner a été désigné volontaire pour prendre la tête du parti LREM.
Christophe Castaner a été désigné volontaire pour prendre la tête du parti LREM. Crédits : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

Il était la voix du gouvernement, il sera désormais le visage du parti. Ainsi en a décidé Emmanuel Macron. C'est au cours d'un dîner à l’Élysée lundi soir que le chef de l’État a expliqué à Christophe Castaner qu'il était désigné volontaire pour diriger LREM. Jusqu'ici, le principal intéressé ne faisait pas vraiment campagne pour le poste. Hors micro, Christophe Castaner, rencontré il y a un mois, montrait même fort peu d'intérêt pour cette fonction. Il est vrai qu'il est aujourd'hui solidement installé au gouvernement, pièce maitresse au parlement, omniprésent médiatiquement.

Mais il en va ainsi en République macroniste, on ne peut pas défendre la mobilité professionnelle à tout crin et... refuser soi-même de bouger.

Reste que le symbole ne fait pas très "nouveau monde". Un président qui nomme le chef de son parti, c'est au contraire la chose la plus banale qui soit sous la Vème république.

C'est ainsi que Jacques Chirac plaça à la tête de l'UMP Alain "Le meilleur d'entre nous" Juppé. Nicolas Sarkozy, lui, a nommé Xavier Bertrand puis Jean-François Copé. François Hollande, qui voulait pourtant "rompre avec l'omniprésence", a tout de même désigné Harlem Désir, porté à la tête du PS sans vote des militants. Puis Jean-Christophe Cambadélis, toujours sur ordre de l’Élysée.

D'ailleurs, les noms de ces chefs de partis ressemblent à une liste des tombés au champ d'honneur de la politique. Ce qui dit l'ingratitude du job et sa précarité : il s'agit de prendre les coups à la place du gouvernement, de les donner à la place du président.

Le seul problème, c'est que l'actuel chef de l’État a fait campagne sur un renouveau absolu des pratiques politiques. Pourquoi Emmanuel Macron, qui a cassé les codes de l'élection présidentielle, ne casse-t-il pas les codes de l'élection partidaire ?

Pourquoi ne pas faire voter les adhérents de la République en Marche ? Pourquoi ne pas laisser un inconnu, un militant de la société civile, construire une dynamique, seul, à l'intérieur du mouvement et se présenter face aux ténors ? Pourquoi ne pas appliquer le macronisme au mouvement macroniste ?

Il faut croire que le "nouveau monde" s'arrête à la fonction de chef de parti. Christophe Castaner fut conseiller en cabinet ministériel, député socialiste, candidat PS aux régionales. Preuve qu'en politique, on est toujours le vieux monde de quelqu'un d'autre.

Certes, la fonction n'est pas simple : chef de parti, cela veut dire ferrailler au quotidien face à Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, bientôt Laurent Wauquiez. Cela consiste à "organiser et propagander" selon le mot de l'historienne Madeleine Rebérioux...

Alors, le fait du prince ? Oui... mais non, explique Christophe Castaner. Il assure que rien n'est tranché, qu'il se soumettra à un vote du conseil national du mouvement, le 18 novembre. Ce qui compte, c'est le collectif, les adhérents, jure-t-il sans rire.

Il n'empêche : au moment où l'on s'interroge sur la vitalité de la participation démocratique, pourra-t-on feindre de s'émouvoir, demain, de la désaffection des militants ?

Frédéric Says

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