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Le Monde et Libération dévoilent des pratiques de harcèlement sexuel au sein de l'UNEF et du Mouvement des jeunes socialistes. Que nous disent ces révélations ?

Ce sont des répliques au séisme de l'affaire Wenstein. Des répliques moins spectaculaires, moins intenses, moins outrageantes, mais qui n'en méritent pas moins notre attention. Depuis quelques jours, les organisations militantes de jeunesse se voient tendre un miroir dans lequel elles préféreraient ne pas se reconnaître. Après les révélations de Libération sur des accusations multiples de harcèlement sexuel au sein du MJS (le mouvement des Jeunes socialistes), c'est un article du Monde, fouillé, étayé, qui révèle des pratiques similaires au sein de l'UNEF, ce grand syndicat de la gauche étudiante.

L'enquête, signée Abel Mestre et Sylvia Zappi, est édifiante en plusieurs points ; dans son aspect micro comme dans son aspect macro, si l'on peut dire. 

Le micro : ce sont deux présidents de l'UNEF, entre 2007 et 2013, qui sont accusés d'avoir organisé ou couvert un "système de prédation", des pressions sexuelles sur les militantes et les cadres du mouvement, le tout sur fond de virilisme exacerbé. Même si les deux ex-dirigeants démentent les accusations, l'enquête démontre comment les militantes venues de province étaient considérées : comme un cheptel, pour résumer, dévoué à la satisfaction du chef. 

Et puis il y a l'aspect macro, plus large... Il y a ce système pyramidal, cette dévotion à l'organisation, et la camaraderie machiste qui ont favorisé le harcèlement autant qu'elles l'ont dissimulé derrière un mur de silence. 

On lit ce passage effrayant, sous la plume d'anciennes militantes de l'UNEF : « En cas de grossesse, le silence était de mise. La responsabilité reposait entièrement sur les épaules des jeunes femmes, qui devaient surmonter cette épreuve dans la solitude la plus complète, alors même que des cadres montaient à la tribune pour défendre les droits des femmes à disposer de leur corps, l’accès à l’IVG, à la contraception. » Autrement dit, la déconnexion totale entre les discours au pupitre et la pratique, dans la coulisse, parfois à quelques mètres de ce pupitre. Le même décalage entre la parole et les actes a été dénoncé par d'anciennes membres des jeunes socialistes, dans l'enquête de Libération signée Laure Bretton.

Alors que nous disent ces deux enquêtes ? Y aurait-il une tartufferie plus grande dans ces milieux étudiants ancrés à gauche ? La liberté sexuelle, le progressisme revendiqué ont-ils été dévoyés en « droit de cuissage » le plus rétrograde, pour reprendre l'expression d'une jeune femme citée par Le Monde ? On peut le penser, mais on peut aussi émettre l'hypothèse contraire. 

N'est-ce pas justement parce que ces valeurs, ces combats pour l'égalité irriguent ces organisations, que les affaires douloureuses ont pu remonter à la surface ? On pense aussi à l'affaire Baupin, chez Europe-Écologie Les Verts. Ce soubassement idéologique anti-sexiste n'a t-il pas facilité la prise de conscience et de parole ? L’ambiguïté, c'est que ces organisations ont permis à la fois ces dérives et leur révélation, à la fois le microbe et l'anticorps. 

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