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L'Insee a estimé la croissance française à 1,9% pour 2017. C'est moins que la moyenne de la zone euro, mais davantage que prévu au début 2017.

"Pensez Printemps !"

3 min
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L'hirondelle de la croissance fait-elle le "printemps" souhaité par Emmanuel Macron ?

L'Insee a estimé la croissance française à 1,9% pour 2017. C'est moins que la moyenne de la zone euro, mais davantage que prévu au début 2017.
L'Insee a estimé la croissance française à 1,9% pour 2017. C'est moins que la moyenne de la zone euro, mais davantage que prévu au début 2017. Crédits : Klaus Ohlenschläger - AFP

Et si c’était le début d’une éclaircie ? En cet hiver où le soleil est porté disparu, le gouvernement veut croire que le bon chiffre de la croissance, publié hier (1,9%, supérieur aux prévisions du début d'année), est un premier rayon qui transperce la grisaille française. Bien sûr, les motifs de mécontentement ne manquent pas : le chômage reste désespérément stable, la colère gagne les personnels de santé ou les gardiens de prison… Il n’empêche : ça et là, discrètement, quelques chiffres teintés de vert viennent s’intercaler dans la longue colonne des données en rouge. 

L’investissement est en hausse, chez les ménages comme chez les entreprises, selon l’INSEE. L'institut note aussi un regain d’activité dans l’industrie et dans la construction par rapport à l’an dernier. On distingue par ailleurs un semblant de confiance retrouvée dans les pouvoirs publics, d’après l’enquête dévoilée hier du Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po, avec l’institut Opinion Way.  

Certes, on part de très loin et disons-le clairement : ce n’est pas l’euphorie démocratique. Mais c’est... un peu moins pire. Par exemple, le mot « politique » est davantage associé au mot espoir, 3 points par rapport à l’an dernier... même si le mot « méfiance » reste le premier qualificatif qui vient aux personnes interrogées. Autre question posée aux sondés : « diriez-vous que la démocratie fonctionne bien ? ». Le camp de ceux qui répondent « oui » reste minoritaire, mais il gagne 7 points en un an. Le regard pour l’Union européenne lui aussi reprend quelques couleurs, plus 3 points. Enfin, "la situation économique va-t-elle mieux ?" La part de ceux qui répondent oui gagne 15 points en douze mois. Ce sont des chiffres que les partisans d'Emmanuel Macron vont sacraliser, et que ses opposants ne voudront pas voir… 

Pas d'autosatisfaction

Le gouvernement a bien compris que toute autosatisfaction serait aussi imbécile que contre-productive. L'exécutif a d’ailleurs joué les modestes, hier, à l’annonce du chiffre de croissance. Aucun triomphalisme, bien loin du « ça va mieux » entonné par François Hollande dans l’hilarité générale en 2016. Il fut un temps où les chiffres faisaient la grimace et où les discours tentaient de sourire à leur place. C’est maintenant l’inverse : les chiffres se portent mieux, et les discours sont précautionneux. 

L’exécutif sait qu’il serait bien inutile de se rengorger ; car si cette embellie n’est qu’une passade, alors le retour de bâton sera d’autant plus dur. Et si elle est durable, elle ne suffira pas à effacer le mal-être collectif, beaucoup plus profond qu’un indice statistique.  C’est un état de dépression larvée qui exsude… Une dépression que les slogans de la campagne présidentielle illustraient d’ailleurs fort bien. Parmi ces slogans, chez un candidat, il était question de « faire battre le cœur de la France », comme si celui-ci était à l’arrêt. Un autre slogan proclamait « Pour que vive la France », comme si elle était à l’article du décès. 

« Nous sommes la nation française » martèle Emmanuel Macron, comme si l’évidence ne s’imposait plus, comme si "le plébiscite de tous les jours" décrit par Ernest Renan n’était plus qu’une abstention quotidienne.  D'ailleurs, le chef de l'Etat ne focalise pas son discours sur la reprise ou le retournement de la courbe. Pour définir la trajectoire, il utilise un autre mot, dans de nombreux meetings. C’était le cas lors de ses vœux aux agriculteurs, la semaine dernière à Clermont-Ferrand :

"Il nous faut penser printemps pour notre agriculture (...) Mais ce 'penser printemps' n'est pas une pensée de spectateur. C'est une pensée d'engagé, de passionné, d'acteur. Alors faisons printemps ensemble".

"Penser printemps". La formule, emprunté au philosophe Alain, a deux mérites. D'abord, elle est assez floue pour ne pas être vérifiable à la fin d’un mandat. Autant le retournement d’une courbe se contredit aisément ; autant le retour symbolique du printemps dans les esprits, c’est légèrement plus subliminal. La formule est également assez romanesque pour ne pas être contestée politiquement : qui défendrait l’hiver plutôt que le printemps ? 

Frédéric Says

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