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Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, le 21 novembre 2017 à l'Assemblée nationale.

La loi sur l'asile et l'immigration fait consensus

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Ou plutôt : sur ce sujet inflammable, les postures outrées ne correspondent pas à la réalité du clivage politique.

Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, le 21 novembre 2017 à l'Assemblée nationale.
Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, le 21 novembre 2017 à l'Assemblée nationale. Crédits : Bertrand Guay - AFP

Attention sujet explosif ! A lire la presse, c'est la loi la plus périlleuse depuis le début du quinquennat. Un "bourbier" pour la majorité d'Emmanuel Macron, elle-même divisée sur le sujet. Un terrain miné face à l'opposition - ou plutôt aux oppositions - qui multiplient les critiques. Il semble que rarement un texte ait autant fait l'unanimité contre lui. 

Ainsi au Parti socialiste, on fustige "l'inhumanité" de la loi portée par Gérard Collomb. A droite, on dénonce son "laxisme", sa "fausse fermeté". Et l'on passe sur les critiques justement adressées par les associations d'aides aux migrants, Patrick Weil en parlait hier ici-même. La notion de pays tiers sûr, très contestée, a finalement été retirée du projet de loi. 

Mais comme souvent, il faut détourner le regard du petit théâtre politique où les acteurs se mirent, s'admirent dans leurs postures avantageuses. Sur le fond, qu'en est-il des propositions des partis politiques ? Si l'on s'intéresse aux principes affichés par le gouvernement, et aux mesures qui en découlent, ils sont - au risque de vous étonner - assez consensuels dans une bonne partie de la classe politique. Résumons ces principes en deux grands axes : réduire les délais de réponse pour les demandeurs d'asile. Et augmenter le taux de reconduites à la frontière pour les personnes qui ne relèvent pas du droit d'asile. Ce qu'Emmanuel Macron avait résumé de la sorte, lors de ses vœux du 31 décembre : 

"Le droit d'asile, c'est un devoir moral, politique et je ne cèderai rien. Nous respecterons celui-ci ; nous continuerons à accueillir ces femmes et ces hommes parce que la France est leur patrie mais pour autant, nous ne pouvons accueillir tout le monde (...) lorsque quelqu'un qui arrive sur notre territoire ne relève pas du droit d'asile et n'a aucune chance d'obtenir la nationalité française, nous ne pouvons accepter qu'il reste des mois, des années (...)"

Or, que propose le Parti socialiste ? Écoutons Stéphane Le Foll, en début de semaine, sur BFM TV :  

"Le devoir, c'est d'accueillir ceux qui demandent l'asile car ils risquent leur vie, c'est essentiel (...). Mais lorsqu'ils n'ont pas à rester dans le pays, ils doivent être reconduits, c'est très clair".

Que défend la droite ? Voici Bruno Retailleau sur France Inter :

"Un État, dans toutes les grandes démocraties au monde, a le droit et le devoir de lutter contre l'immigration illégale (...) Bien sûr qu'on doit accueillir parce qu'on a une tradition : le droit d'asile, c'est un droit qui est sacré".

Humanité-mais-fermeté ; fermeté-mais-humanité : finalement, seul l'ordre des positions varie.
Bien sûr, chaque camp a ses nuances. Le Parti socialiste conteste ainsi la circulaire Collomb, qui permet de contrôler le statut des personnes accueillies en hébergement d'urgence. La droite, de son côté, s'inquiète d'un budget insuffisant pour les reconduites à la frontière. Quant à Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, si leurs proches dénoncent le projet de loi, ils ne se sont pas exprimés ces derniers jours. En réalité, sur la question de l'immigration et de l'asile, le clivage sur le fond des propositions est bien moindre qu'il y a quinze ou vingt ans. 

Qui propose encore une régularisation collective de sans-papiers, comme le fit Lionel Jospin, premier ministre socialiste, en 1997 ? Plus personne, à part l'extrême-gauche. 

Qui propose encore "l'immigration légale zéro", comme la droite RPR le revendiquait dans les années 90 ? Il n'en est plus question dans aucun parti. Le projet de loi Collomb ne propose d'ailleurs pas de réduire l'immigration légale, qui représente près de 200 000 entrées chaque année - pour des motifs très différents : contrats de travail, regroupement familial ou visas étudiants ; ces mêmes visas que Nicolas Sarkozy avait tenté de réduire, avant de renoncer. 

L'éventail des positions s'est donc en fait considérablement resserré ; les trois premiers partis au Parlement, La République en Marche, Les Républicains et le Parti socialiste ont des nuances de taille mais pas des philosophies irréconciliables.

Chacun trouve son intérêt dans ce cirque politique

Alors pourquoi le débat politique et médiatique est-il aussi tendu ? En réalité, chacun trouve son intérêt dans ce cirque politique. Le PS en profite pour se refaire une image "de gauche", après avoir été accusé de la trahir dans le quinquennat précédent. La droite en profite pour cliver avec le macronisme, ce qu'elle n'a pas su faire sur les ordonnances. Le parti En marche en profite pour montrer qu'il est au centre de reproches contradictoires, et donc pas si loin de la bonne voie. 

Pourtant, sortis du combat de coqs sur les plateaux télé, tous les responsables publics ne peuvent ignorer la complexité de l'équation : plus de 100 000 demandes d'asile l'an dernier en France - un record ; des dizaines de milliers de morts sur les routes de l'exil ; une population française dans sa grande majorité opposée à une ouverture supplémentaire. Sans oublier les obstacles juridiques et diplomatiques en tout genre au sein de l'Union européenne et en dehors. Mais manifestement, dans notre démocratie médiatique, le simplisme des réactions semble proportionnel à la complexité des sujets.

Frédéric Says

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