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"Tartuffe ou l'imposteur". Gravure tirée de "Oeuvres" de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière.

Petit précis de tartufferie

3 min
À retrouver dans l'émission

Contorsions ordinaires sur la scène politique.

"Tartuffe ou l'imposteur". Gravure tirée de "Oeuvres" de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière.
"Tartuffe ou l'imposteur". Gravure tirée de "Oeuvres" de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière. Crédits : Isadora/Leemage - AFP

Jusqu'à quel point la vie personnelle d'un élu peut-elle se trouver en contradiction avec ses propos publics ? Question que posent, à leur corps défendant, deux responsables politiques ces jours-ci. Danielle Simonnet et Laurent Wauquiez. Ils ne sont pas du même bord, et la question ne se pose pas pour les mêmes raisons.

Danielle Simonnet est élu municipale à Paris, issue du Parti de gauche. Et malgré quelque 4190 euros brut mensuels, elle est logée dans un appartement de la régie immobilière de la ville de Paris. Un appartement au loyer très aimable, on le dira comme ça : 83m2 avec balcon pour 1300 euros, c'est environ 40% de décote par rapport au prix du marché dans son quartier de l'est parisien.

Certes, rien d'illégal. Mais quand on connait les files d'attente de ménages modestes pour obtenir un logement à loyer modéré, est-ce vraiment moral ? Pour répondre, Danielle Simonnet fait preuve d'une certaine souplesse au niveau des adducteurs idéologiques : si elle reste, c'est pour ne pas "enrichir un propriétaire dans le privé et participer à la spéculation immobilière". (déclaration faite au journal Le Parisien-Aujourd'hui en France, qui sort l'information.)

Voilà un argument lumineux. Il ouvre d'ailleurs la voie à bien d'autres raisonnements implacables du même genre. Un élu qui bénéficie d'une voiture avec chauffeur ? Sans doute pour ne pas ajouter de l'affluence aux heures de pointe dans le métro. L'altruisme avant tout. Claude Guéant est mis en cause pour des circulations d'argent liquide ? Certainement une pratique pour résister au système bancaire. Une forme d'éthique.

Élites parisiennes

Autre parti, autre personnalité, mais raisonnement tout aussi bancal. Laurent Wauquiez, candidat à la présidence de LR, n'a pas de mots assez durs contre les "castes déconnectées", contre les élites "parisiennes". Il l'a redit mercredi soir lors d'un meeting à Mandelieu-la-Napoule, dans les Alpes-Maritimes.

Est-ce du masochisme rentré, ou une certaine forme d'humour post moderne ? Un coup d'oeil sur le CV de Laurent Wauquiez : scolarité dans les prestigieux lycées parisiens Louis le Grand et Henri IV, avant d'enchaîner l'ENA, le Conseil d’État et de commencer une carrière politique. Un parcours modèle dans l'élite-parisienne-déconnectée. S'agirait-il finalement d'un acte de repentance, chez celui qui déteste ce mot ?

Bien sûr, rien n'empêche d'être soi-même aisé et de se battre contre les inégalités ; ce reproche fut d'ailleurs fait à Léon Blum, sans résister à l'épreuve du temps.

Il n'empêche : lorsque le comportement privé s'éloigne de la morale prônée en public sur l'abolition des privilèges ; lorsque le parcours personnel entre en contradiction avec les déclarations enflammées de fin de meeting... ce concept qu'on nomme tartufferie n'est pas loin.

Il est à craindre que ces contorsions ne fragilisent leurs auteurs, ce qui n'est pas si grave, mais aussi la valeur de la parole publique, ce qui l'est un peu plus.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
25 min

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