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L'entrée du musée Alfred Nobel à Stockholm

Les prix Nobels : une histoire scientifique et politique

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Au delà des images désormais très médiatiques de chercheurs inspirés et heureux, les Nobels ont aussi une histoire entre science, économie et politique.

L'entrée du musée Alfred Nobel à Stockholm
L'entrée du musée Alfred Nobel à Stockholm Crédits : MICHAEL BUNEL / NURPHOTO - AFP

Octobre est la saison des prix Nobel, nous l’entendons chaque jour sur les ondes. C’est le regretté chimiste et industriel Alfred Nobel, spécialiste d’explosifs, fabricant d’armes et inventeur de la dynamite qui les finance en 1895. Peut-être l’offrande des Prix Nobel à la science est-elle l’hommage que le vice rend à la vertu ? En tous cas elle est reconnaissance de ce que l’industrie et l’armement lui doivent.

Ce mélange des genres n’a rien d’exceptionnel. La science pure, comme on dit, n’a jamais vraiment existé, ne serait-ce que parce que les sciences sont du monde et procèdent de l’univers politique et social. Galilée travaille à l’arsenal de Venise avant d’être courtisan à la cour des Médicis; et le baron Chaptal, qui est médecin, chimiste, académicien, et industriel, est ministre de l’Intérieur sous le Consulat. Répétant Yves Lacoste, on dira que les sciences ça sert d’abord à faire la guerre et à ouvrir de nouvelles perspectives à l’industrie.

L’attribution de prix à des savants renommés n’est pas une nouveauté en 1895, et Alfred Nobel n’est pas le premier à le faire; les prix sont alors légion et ils servent à soutenir financièrement l’activité savante. Mais quand les Prix Nobel sont créés, le monde est en train de changer et ce sont les Etats qui deviennent les principaux entrepreneurs de science ; ils se font traits d’union entre savants et industriels et servent la puissance économique et la grandeur militaire des Nations. Le meilleur exemple en est l’Institut physico-technique du Reich, créé en 1887 à Berlin, et qui est à l’initiative de trois personnages hautement révélateurs : Helmholtz, le scientifique, Siemens, l’industriel (celui dont l’entreprise vient de prendre le contrôle financier d’Alstom), et bien sûr Bismarck lui-même, le chancelier du Reich.

Aujourd’hui, l’intégration entre science, économie et politique est plus étroite que jamais. Mais elle a changé de nature et ce sont dorénavant les acteurs économiques qui règlent le jeu; et cela a modifié ce que les sciences regardent, ce qu’on étudie et ce qu’on oublie, et la manière dont on travaille.

On a par exemple modifié les règles de la propriété intellectuelle et autorisé des recherches de base à être brevetées; on a incité les universités à prendre elles-mêmes des brevets et à se lancer dans la création de startups; les industriels ont colonisé nombre de laboratoires, les subventionnent et guident leurs recherches.

Plus grave, toutefois, nombre de compagnies, voire de gouvernement comme celui de Donald Trump, organisent sciemment la désinformation et minent les savoirs qui leur déplaisent. Nous le savions pour les marchands de tabac et le pétrolier Exxon depuis l’ouverture de leurs archives sur injonction judiciaire, nous l’avons appris hier à propos du glyphosate de Monsanto grâce à l’enquête du Monde dans les papiers de la compagnie. Et ces choses sont graves, et elles méritent qu’on s’y attarde longuement, et qu’on en parle.

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