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Le maillot et la veste

4 min
À retrouver dans l'émission

De l'habit en politique.

L'habit fait-il le moine ? La journée d'hier fut intéressante pour qui veut réfléchir au rapport entre le vêtement et la fonction. D'un côté, le footballeur Cristiano Ronaldo en costume cravate. De l'autre, le député François Ruffin en maillot de football. 

L'attaquant portugais était sur son 31 pour la cérémonie du Ballon d'or, à la tour Eiffel, qui récompense le meilleur joueur du monde. Le député de la Somme, lui, arborait à l'Assemblée nationale le maillot d'un club de sa circonscription pour "défendre le sport amateur". Un accoutrement inédit à la tribune du Parlement... qui lui valu ce rappel du président de séance :  

"Je vous rappelle que le respect dû à nos débats et à notre Assemblée implique une tenue correcte, une tenue respectueuse (...). Je vous demanderai à l'avenir (...) de vous tenir éloigné de ces extravagances vestimentaires, qui ne rendent pas hommage au travail que nous devons mener dans cet hémicycle".

Depuis son siège de député "insoumis", François Ruffin, - toujours avec son maillot vert sur les épaules - a répondu ceci, en citant les bénévoles des clubs amateurs :  

"Pour moi, porter le maillot d'Antoine, de Franck, de l'Olympique Eaucourtois [le club de football, ndlr] et potentiellement des milliers de clubs du pays, ce n'est pas du tout une tenue indigne et irrespectueuse, au contraire. Je suis très fier aujourd'hui de porter ce maillot ici. Je suis très fier de faire entrer le visage (...) de tous les gens qui tiennent les petits clubs, à la tribune de l'Assemblée nationale."

Il n'empêche, le député en maillot écopera d'une amende, si la sanction prévue par l'Assemblée va jusqu'au bout. Mais le but initial est atteint : attirer l'attention. 

L'idée est maline. Elle est évidemment taillée sur mesure pour les télévisions et les réseaux sociaux. Où l'on voit que l'ex-journaliste François Ruffin dénonce un système médiatique... dont il en maîtrise fort bien les codes. 

Mais sur le fond, quand on y pense, quelle curieuse argumentation. Ainsi, pour donner de la force à sa parole, il faudrait dégainer des symboles ? Substituer le visuel à l'éloquence ? 

Quel contresens dans une institution qui s'appelle le Parlement - où comme son nom l'indique, on parlemente. Où les causes sont servies par la parole, les discours et les arguments. 

D'ailleurs, il suffit de généraliser le raisonnement de François Ruffin pour en montrer l'absurdité : 

ainsi, pour défendre la cause des pompiers, le député se présentera-t-il dans l'hémicycle avec sa lance et son casque ? 

Pour marquer marquer son soutien aux armées françaises, un élu devra-t-il venir en treillis au Palais Bourbon ? 

Pour soutenir les viticulteurs, faudra-t-il apporter sa bouteille de rouge ? Et l'on n'ose imaginer le jour où l'assemblée légiférera sur la pornographie... 

Veste

Une fois cela précisé, le maillot de Ruffin ne fut pas le seul vêtement à l'honneur hier. Il y eut moins de tapage, moins de bruit pour l'interview au Monde du nouveau secrétaire d’État, Olivier Dussopt. Pourtant, en la lisant, on entend presque les coutures craquer : les coutures de la veste, tout juste retournée. L'ancien député socialiste, passé au Macronisme, déploie une assurance à toute épreuve face aux questions des journalistes.

Exemple : "La suppression de 120 000 postes de fonctionnaires sur le quinquennat est-il un objectif que vous comptez atteindre ?" Réponse : "c'est un engagement du président de la République, un objectif qui doit être atteint pour permettre le rétablissement de nos comptes publics. Mais l’alpha et l’oméga de la politique que nous menons, c'est (...) la garantie de la qualité du service rendu aux usagers. Cela, nous pouvons le faire en maîtrisant la question des effectifs". Ou comment justifier aujourd'hui un programme dénoncé.

Autre question : "En 2014, Manuel Valls vous avait promis un portefeuille que vous n’avez pas eu. Ne prenez-vous pas votre revanche ?"  Réponse : "La seule revanche que j’assume de prendre, c’est celle sur le déterminisme social. (...) Mes parents étaient tous les deux ouvriers."

Par là, Olivier Dussopt prouve son talent rhétorique. Et justifie sans doute son embauche, ou plutôt son débauchage par le gouvernement. Même si cela n'efface pas l'image d'un député qui a voté contre le budget, trois jours avant de rejoindre... le ministère du Budget. 

Alors tout cela se passe sans ostentation, sans esclandre, sans maillot de foot, avec une belle cravate, qui ne contrevient pas au règlement de l'Assemblée. Mais de ces deux événements, lequel des deux éloigne le plus les citoyens de la politique ? 

Frédéric Says

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