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Alain Juppé, le 4 novembre 2015.

Le bonheur en politique

4 min
À retrouver dans l'émission

Le bonheur est déjà un élément-clé du débat pour la présidentielle. "Identité heureuse", "prophète de malheur"... Dans un pays enclin à la dépression collective, le bonheur politique est-il un oxymore ?

Alain Juppé, le 4 novembre 2015.
Alain Juppé, le 4 novembre 2015. Crédits : Christophe Estassy - AFP

En ce jour de présentation de la loi de finances - journée de chiffres, de pourcentage, de courbes - j’ai choisi de vous parler du bonheur. La France est un pays plus pessimiste sur son avenir que l’Afghanistan ou l'Irak... Et il est difficile, en ces temps de campagne présidentielle, de faire l’impasse sur cette question du bonheur. Mais faut-il suivre la pente générale, en faisant le constat du pire ? Ou, comme le dirait Gide, « suivre la pente, mais en la montant », c'est-à-dire en insufflant optimisme et confiance ?

Alain Juppé a fait ce dernier choix. Le champ lexical de sa campagne le confirme : il promeut "l’identité heureuse", et il fustige les "prophètes de malheur". C’est aussi le registre sur lequel veut avancer François Hollande, éternel optimiste - au point de sembler parfois béat. Le président est poussé sur cette voie par ses amis, pour lesquels ce premier mandat a été trop technocratique. Outre la fameuse "courbe" du chômage (toujours têtue), les grandes mesures du quinquennat se sont résumées à quelques acronymes, comme le CICE. "La France, c'est une idée", dit désormais François Hollande, pour regarder le futur en face.

Alors dans un pays où les librairies sont remplies de guides pour "aller mieux", pour "devenir soi", pour "se réaliser enfin", l’objectif d’un président doit-il être de nous rendre heureux ? Par ailleurs, un président a-t-il lui même le droit au bonheur ? Ces questions sont posées dans un livre, sorti il y a quelques temps : « le bonheur en politique », de Jérémy Collado.

Bruno Le Maire y explique, je cite, que "la politique, c’est une vie de bâton de chaise". On y découvre un Jean-Luc Mélenchon soucieux de préserver son bonheur personnel ; il a cette jolie expression : "mon jardin n’a pas de porte sur la rue".

Deux réponses très révélatrices sur l'époque : se revendiquer heureux dans un pays en dépression, c’est comme arroser abondamment son jardin en pleine période de sécheresse.

Pourtant, tous n'ont pas eu ce raisonnement. Écoutez Nicolas Sarkozy en 2008 :

Écouter
8 sec
N. Sarkozy et le bonheur - Billet politique 1

C’était l’euphorie de la première partie du quinquennat. Un président qui veut aller "chercher la croissance avec les dents", et qui rêve d’indexer à son bonheur personnel celui de son pays. Dans le livre qui sort demain sur les coulisses de la présidence Sarkozy, son ancien conseiller, Patrick Buisson, indique même avoir entendu Nicolas Sarkozy se demander à haute voix : "crois-tu que notre histoire à Carla et à moi aura un impact favorable sur le moral des Français ?"

Mais la crise, interminable, et la défiance à l'égard des politiques ont eu raison de ces ambitions de bonheur. Il y a l'idée qu'un président qui ne souffre pas n'est pas pleinement à la tâche. Souvenez-vous du moment où la cote de popularité de François Hollande plonge : c'est précisément au moment où il s'accorde des vacances en famille, à l'été 2012. "Les politiques n’ont plus le droit d’être heureux, parce qu’ils ne parviennent plus à faire notre bonheur", écrit Jérémy Collado. En même temps, le bonheur, l’équilibre ne participent-ils pas de la lucidité, de la clairvoyance et de la force, essentielles pour un dirigeant ?

Dans ce livre, "le bonheur en politique", François Bayrou tranche : "un président n’est pas là pour rendre les Français heureux, il est là pour leur donner des raisons de vivre". Il parle comme on parlerait au chevet d'un proche en dépression. Le mot bonheur n'a pourtant pas toujours été tabou. Georges Marchais faisait du droit au bonheur l'un de ses arguments de campagne. Nous sommes en mai 1977 :

Écouter
12 sec
G. Marchais, "c'est pas la lune" - Billet politique 2

Le bonheur est devenu donc un concept politique un peu risqué, assez explosif, en tout cas très difficile à manier. Finalement, en ces temps de clivages incertains, il en est un qui s’affirme pour la campagne qui vient.

Elle verra s’opposer les candidats qui enterreront les problèmes, et ceux qui les remueront sans être sûrs de pouvoir les régler. Elle opposera les candidats du malheur français, qui peuvent paraître défaitistes, et les prétendants du bonheur national, qui peuvent paraître déconnectés. Les premiers déguiseront leur pessimisme en lucidité, les seconds peindront leur optimisme en confiance.

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