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Le député communiste André Chassaigne a réussi à convaincre la majorité de voter l'augmentation des petites retraites agricoles, mercredi 10 juin, en commission des affaires sociales.

Le "compromis" est-il un gros mot en politique ?

3 min
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Un étonnant accord s'est scellé cette semaine à l'Assemblée nationale entre majorité et opposition.

Le député communiste André Chassaigne a réussi à convaincre la majorité de voter l'augmentation des petites retraites agricoles, mercredi 10 juin, en commission des affaires sociales.
Le député communiste André Chassaigne a réussi à convaincre la majorité de voter l'augmentation des petites retraites agricoles, mercredi 10 juin, en commission des affaires sociales. Crédits : Thomas Samson - AFP

Ça ne fera pas la une des journaux, ça n'enflammera pas les réseaux sociaux, ça n'alimentera pas les débats caricaturaux.  

Peu de chances donc, en ces temps de postures et d'affrontements, que vous entendiez beaucoup parler de ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale cette semaine.  

L'épisode vaut pourtant qu'on y revienne. Il se tient au sein de la discrète commission des affaires sociales.  

Enfin : elle n'est pas plus discrète qu'une autre, mais les échanges y sont plus techniques et moins théâtraux que dans l'hémicycle.  

Dans cette commission des affaires sociales, donc, des députés de la majorité et de l'opposition sont parvenus à un petit miracle.  

Ils se sont mis d'accord pour augmenter les retraites les plus basses des agriculteurs. 

Accord

Selon ce texte, qui doit encore être adopté définitivement en séance, plus aucune pension ne pourra être inférieure à 85% du SMIC (environ 1000 euros), pour les agriculteurs qui ont travaillé en continu. 200 000 personnes sont concernées.  

Dans le détail, nous raconte le journal Le Monde daté d'aujourd'hui, cette avancée est le fruit d'un dialogue entre les communistes et la majorité d'Emmanuel Macron.  

La proposition de loi pour augmenter les retraites agricoles était portée depuis longtemps par André Chassaigne, président du groupe communiste à l'Assemblée.

Les députés LREM ont saisi la proposition et l'ont votée, après quelques modifications. 

Qui l'eut crû, sur un sujet aussi sensible que les retraites, qui déchaînait les passions il y a encore quelques mois ?

Calcul

Alors, est-ce à dire que nous sommes au pays des bisounours et des licornes ? Evidemment non.  

André Chassaigne regrette certaines de ces modifications. Par exemple l'application de la loi en 2022 et non pas dès l'an prochain.  

Du côté de la République en Marche, cette bonne volonté ne tombe pas du ciel ; elle est aussi instruite par l'expérience.  

Sur des sujets sociaux, sensibles, l'intransigeance et le rejet en bloc sont mal vus politiquement.  

Les députés macronistes sont encore traumatisés par la polémique autour du congé pour les parents d'enfants décédés.  

Souvenez-vous, la majorité avait rejeté l'allongement de ce congé, proposé par l'opposition. De quoi nourrir le procès en inhumanité.  

Désormais, les députés macronistes sont très précautionneux.  

L'avantage : ils pourront mettre en avant cet accord sur les pensions agricoles pour montrer leur bonne volonté sociale - si d'aventure le projet de réforme des retraites est à nouveau mis sur le métier. 

La politique n'est donc pas pure, mais elle ne se limite pas aux esclandres.  

C'est l'art du compromis, trop souvent pris pour de la faiblesse. Comme s'il fallait forcément un « perdant terrassé » et un « gagnant triomphant ». Dans cet exemple, le seul gagnant visible est le monde agricole, même si ce texte est loin d'en régler les insatisfactions.  

La preuve que la Vème République n'empêche pas ces compromis, pour peu qu'ils soient désirés.  

Dans l'attente des grands "big bangs" politiques promis pour les prochaines semaines, cette avancée discrète et concrète du parlement permet de respirer un peu.  

Elle dissipe quelques instants l'impression d'une bataille stérile entre la majorité et l'opposition - pour schématiser : entre ceux qui n'écoutent pas et ceux qui n'agissent pas. 

Frédéric Says

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