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Florian Philippot et Marine Le Pen, le 2 mars 2017.

Le Front national va-t-il imploser ?

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À retrouver dans l'émission

Le double échec à la présidentielle et aux législatives réveille des querelles enfouies.

Florian Philippot et Marine Le Pen, le 2 mars 2017.
Florian Philippot et Marine Le Pen, le 2 mars 2017. Crédits : Gabriel Bouys - AFP

Les cadres du FN le promettaient : 2017 devait être leur année. Après deux quinquennats, l'un de droite, l'autre de gauche (rassemblés sans nuance derrière la bannière de l'"UMPS"), après le traumatisme lié aux attentats, après les résultats économiques insuffisants... 2017 devait, disaient-ils, marquer sinon la victoire électorale, du moins la victoire idéologique. Traduire dans les urnes le fait que le FN avait "gagné dans les têtes".

Or, quelques mois après, dans quel état se trouve le parti ?

Il compte une poignée d'élus à l'Assemblée - même pas assez pour former un groupe parlementaire. A la présidentielle, la candidate a montré ses limites. Et surtout les divisions s'affichent désormais sans fard, dans un parti où l'ordre et la discipline sont pourtant brandies comme des valeurs premières.

Pourtant, officiellement tout va bien. Les caciques du parti font valoir les 10,6 millions de voix récoltées à la présidentielle. Mais il suffit de suivre quelques comptes de responsables FN sur les réseaux sociaux pour mesurer les failles qui traversent le parti.

C'est ainsi que les proches de Florian Philippot et les frontistes "canal historique" s'affrontent à coups de tweets depuis la présidentielle.

Philipot "a inventé la machine à perdre", écrit le président du groupe FN dans les Pays de la Loire. "Et vous qu'avez-vous apporté ? Zéro", lui répond un proche de Florian Philippot. On en est là.

Des joutes en 140 signes auxquelles se joint parfois Marine Le Pen elle-même. Derrière son compte anonyme "enimar68", dont la presse a révélé l'existence, la présidente du Front national distribue les mauvais points.

Elle tance ainsi l'une des figures locales du FN dans l'Est, Sophie Montel, en lui reprochant ses "provocations grossières".

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Sophie Montel, proche de Philippot, avait eu l'outrecuidance de critiquer la ligne du parti, selon elle trop anxiogène, trop centrée sur la question de l'immigration. Le tweet n'était qu'un premier avertissement. Elle a depuis été démise de ses fonctions au conseil régional.

Derrière les querelles de personnes, se trouve aussi une querelle de ligne politique...

Chacun tente de mettre la déroute sur le dos de ses adversaires en interne. Pour les amis de Florian Philippot, cette défaite est liée à une ligne trop dure, trop exclusivement centrée sur l'immigration. Le vice-président du Parti a d'ailleurs lancé sa propre structure, baptisée "Les Patriotes".

Au contraire, pour beaucoup d'autres, c'est précisément parce que le FN s'est dilué, s'est éloigné de ses fondamentaux, qu'il a perdu.

Le responsable de la commission économique du Front national estime ainsi que le parti doit renoncer à la sortie de l'euro, qui effraye l'électorat. "Une impasse politique, explique Bernard Monot, les Français ont tranché, ils l'ont rejeté en 2012 et en 2017".

Il faut ajouter les algarades publiques avec Jean-Marie Le Pen. Mais aussi les mises en examen dans l'affaire des assistants parlementaires. Sans oublier la question du changement de nom du parti, qui trouble les historiques (Marine Le Pen y est favorable). Tout cela pour comprendre à quel point vacille la maison frontiste.

Un séminaire, fin juillet, puis le congrès du parti, début 2018, permettront à chaque camp d'avancer ses pions. Et de comprendre comment le triomphe annoncé s'est mué en mauvaise querelle de famille.

Ce décalage entre les attentes élevées et le résultat final dit aussi la redoutable volatilité de l'électorat. Le signe que dans cette vie politique sans boussole ni repère, tout bouge très vite. Dans un sens comme dans l'autre.

Raison pour laquelle les adversaires du FN devraient se méfier avant de dire qu'il est durablement au fond du seau.

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